JONAS KAUFMANN, CATÉGORIE CROONER

Après Verdi ou Wagner, Jonas Kaufmann met tout son professionnalisme habituel, l'humour en plus, pour des airs légers et tendres qui font rêver.

S’il y a bien un ténor qui n’est pas du genre à tourner en rond, c’est Jonas Kaufmann, dont la dizaine de récitals produits jusque-là (Wagner, Verdi, les Français, le vérisme, l’univers germanique) a largement exploré le stade actuel de sa carrière : que faire donc en dehors de possibles raretés ? Une plongée dans l’opérette bien sûr ! L’idée n’est pas nouvelle, Piotr Beczala s’y est lancé avec bonheur il y a quelques mois. Mais Kaufmann pousse le concept plus loin, glissant de Franz Lehár à Robert Stolz et à l’âge d’or du cinéma parlant avec une vérité et une cohérence absolues : là où Beczala optait pour un hommage confortable et plus cosmopolite aux vieux standards, Kaufmann se glisse dans les habits de l’époque en explorateur amoureux d’un style et d’un son révolus. Avec des moyens considérables, mais comme mis en sourdine ici, il déploie des suavités (" Gern hab’ ich die Frau’n geküsst "), swingue et s’amuse (" Im Traum hast du mir alles erlaubt "), joue au crooner jusqu’à se rendre méconnaissable (" Diwanpüppchen ") ou marche héroïquement dans les pas de Rosvaenge (" Das lied vom Leben des Schrenk ").
Le cocktail n’aurait pas fonctionné si l’orchestre et son chef avaient arrondi les angles ; or le son se veut le plus proche possible de l’original, rugueux, jazzy ici, onctueux ailleurs (jusqu’à rendre quasi indigeste le lied de Marietta, avec l’exquise Julia Kleiter !). Un délice… et un jalon majeur dans la discographie d’un artiste qui connaît décidément peu de ratés.