Début avril, les autorités tchétchènes ont décrété qu’à partir du 1er juin toutes les œuvres musicales, vocales et chorégraphiques jouées dans le pays ne devront être “ni trop lentes, ni trop rapides ». Une mesure qui vise, officiellement, à se détacher de toute influence occidentale.
Selon l’agence de presse russe Tass, le ministre de la Culture tchétchène Musa Dadayev, a décrété le 5 avril que « toutes les œuvres musicales, vocales et chorégraphiques doivent correspondre à un tempo de 80 à 116 battements par minute (bpm) » de manière à ce que la musique soit « conforme à la mentalité et au sens du rythme tchétchènes ».
Une disposition (injonction ?) du régime de Ramzan Kadyrov qui entrera en vigueur à partir du 1er juin et qui, selon le ministre de la Culture, permettra d’éviter d’ “emprunter la culture musicale à d’autres pays » , et ainsi « apportera au peuple et à l’avenir de nos enfants l’héritage culturel du peuple tchétchène. Cela inclut tout l’éventail des normes morales et éthiques du mode de vie de notre pays ».
Le Concerto n° 2 de Rachmaninov serait trop lent pour être joué en Tchétchénie
Concrètement, il semble évident que les musiques électroniques (house, techno, hip-hop) dont le tempo dépasse généralement les 120 bpm, sont particulièrement visées par ce décret. Certains observateurs y voient une nouvelle atteinte liberticide de la part du gouvernement de cette république russe du Caucase, notamment à l’encontre de la communauté homosexuelle, particulièrement à l’écoute de ces styles de musique.
Mais les musiques modernes ne seront pas les seules touchées par ce décret. Ce sera également le cas de la musique classique, plutôt concernée par le plancher imposé (80 bpm), peu atteint par certaines grandes œuvres dont le tempo (largo, adagio, andante) se situe plutôt sous cette limite (de 44 à 80 bpm).
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Le site de la radio britannique Classic FM prend pour exemple le célèbre Concerto pour piano n°2 de Serge Rachmaninov, dont une grande partie du 1er mouvement et surtout l’intégralité du 2e seraient jugés trop lents pour être interprétés en public en Tchétchénie. Qu’en sera-t-il pour l’hymne national du voisin et « suzerain » russe dont le tempo plafonne à 74 bpm ? C’est la question que pose ironiquement le média russe indépendant Meduza (basé en Lettonie).
Philippe Gault
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