Atteint par une affection neurologique qui a altéré irrémédiablement le fonctionnement de sa main droite, Manuel López, pianiste et violoncelliste virtuose, continue de se produire en concert au piano qu’il ne joue plus que de la main gauche.
Musicien prodige, Manuel López a commencé la musique (piano et violoncelle) à l’âge de 4 ans. Il fut le plus jeune élève du conservatoire supérieur de musique de Madrid à accéder à la carrière supérieure, à seulement 15 ans. Mais en 1997, on lui diagnostique une dystonie focale (dysfonctionnement neuronal) de la main droite. Comble de malheur, en 2018, suite à une intervention chirurgicale liée à sa pathologie, il subit un AVC qui altèrera définitivement l’usage de sa main droite.
Manuel López décide alors de s’entrainer à ne jouer que de sa main valide et de consacrer tous ses efforts à montrer au public qu’il est possible de jouer du piano uniquement avec la main gauche. Son message artistique est simple : « L’amour de la musique peut tout faire. Faites ce que vous aimez et faites-le bien. Face à toute adversité, si vous aimez quelque chose, faites-le, quelle que soit votre condition physique (…) tant dans la musique que dans la vie, il n’y a pas de limites, il ne faut jamais abandonner ».
Robert Schumann dut arrêter sa carrière de pianiste dès l’âge de 24 ans
Depuis 2021, Manuel Lopez a continué de se produire dans les plus grandes salles de concert d’Espagne avec seulement sa main gauche. Son registre couvre désormais toutes les époques et périodes de la musique classique à travers un répertoire qui va de Bach à Liszt en passant par Chopin, Scriabine, Rachmaninov, Albeniz ou Brahms. Le jeudi 23 mai, Manuel López se produira au Teatro Ciudad de Marbella.
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D’autres grands musiciens ont souffert d’une dystonie focale, qui a affecté l’usage d’une ou de leurs deux mains. On pense évidemment à Robert Schumann, touché par cette pathologie dès l’âge de 21 ans et qui dut arrêter sa carrière de pianiste 3 ans plus tard. Plus récemment les pianistes Murray Perahia, Gary Graffman, Leon Fleisher, Michel Beroff ou encore Bertrand Chamayou ont dû suspendre leur carrière, pour de plus ou moins longues périodes, pour soigner ce mal qu’on appelle aussi « La crampe du musicien ».
En 2000, une étude médicale avait révélé que Glenn Gould a certainement souffert d’une dystonie focale qui l’aurait contraint à modifier son jeu de la main droite dès la fin des années 50.
Philippe Gault
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