Concert du Nouvel An à Vienne : L’œuvre de la grande compositrice afro-américaine Florence Price a-t-elle été rendue méconnaissable?

Roman Zach-Kiesling / Fir/SIPA

Au programme du Concert du Nouvel An à Vienne, Yannick Nézet-Séguin avait inscrit la Rainbow Waltz, une œuvre pour piano peu connue de Florence Price, dans un arrangement pour orchestre spécifiquement créé pour l’occasion. Plusieurs spécialistes du répertoire de la compositrice américaine estiment ne pas avoir reconnu sa composition originale.

Le 1er janvier, l’Orchestre Philharmonique de Vienne dirigé pour la première fois par Yannick Nézet-Séguin à l’occasion du concert du Nouvel An, a joué au milieu des grands classiques autrichiens (de Strauss, Ziehrer, Von Suppé…) Rainbow Waltz, une pièce présentée sur le programme comme composition de Florence Price. La compositrice afro-américaine que le chef d’orchestre canadien a décidé de remettre en valeur depuis 2022.

Ⓒ Wiener Philharmoniker

Or, le morceau joué était en fait un arrangement pour orchestre réalisé pour l’occasion par le chef d’orchestre autrichien Wolfgang Doerner. De quoi susciter une controverse qui agite encore le milieu de la critique musicale anglo-saxonne.

C’est la hautboïste et critique Katherine Needleman, spécialiste du répertoire de Florence Price qui, la première, s’est indignée sur son blog, estimant, vidéos comparatives à l’appui, que l’arrangement de Wolfgang Doerner est très éloigné de l’œuvre originale de la compositrice. Elle fait notamment remarquer que les harmonies sont très différentes, qu’une introduction a été ajoutée et que des passages de l’original ont disparu.

Yannick Nézet-Séguin : « Cet arrangement met en lumière les liens avec la tradition viennoise de la valse »

En février, le célèbre musicologue John Michael Cooper, également éditeur de certaines œuvres de Florence Price, s’emparait du dossier et n’hésitait pas à qualifier l’arrangement de Doerner de « forme d’insulte la plus sincère », concluant que « la musique de Florence Price n’a toujours pas été interprétée par l’Orchestre philharmonique de Vienne ». Le musicologue américain cite lui aussi le travail de Katherine Needleman : elle a noté que sur l’album enregistré à l’occasion de ce concert du Nouvel An, le morceau est mentionné comme DP (Domaine Public) et arrangé par Wolfgang Doerner. 

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Dans un entretien accordé au quotidien autrichien Die Presse début février, Daniel Froschauer, le président de l’Orchestre Philharmonique de Vienne, a admis que Wolfgang Doerner « avait pris quelques libertés mais qu’il n’y a jamais eu l’intention d’induire qui que ce soit en erreur ».

Interrogé par Norman Lebrecht, du site Slipped Disc, Yannick Nézet-Séguin a tenté de justifier son choix au motif que « Différents arrangements de la Rainbow Waltz permettent à la musique de Florence Price de toucher des publics et des contextes variés. L’arrangement de Wolfgang Doerner met en lumière les liens avec la tradition viennoise de la valse ».

La polémique pourrait bientôt connaître de nouveaux rebondissements car John Michael Cooper a indiqué sur son blog que la journaliste et chercheuse Hannah Edgar mène une enquête « approfondie » sur le sujet.

Philippe Gault

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