En assurant la première française de la comédie musicale de Stephen Sondheim, Follies, en 2013, l’Opéra de Toulon volait la vedette au Théâtre du Châtelet (Paris), qui a pourtant depuis quelques années noué un lien privilégié avec le genre. Mais ce qui aurait pu n’être qu’un " coup " sans lendemain, se révéla au contraire un spectacle fort réussi, bénéficiant en outre d’une captation idoine, enfin disponible en DVD et par-dessus le marché première scénique absolue, puisqu’il n’existait jusque-là qu’une captation en concert d’un gala new-yorkais ! Celui qui fut révélé comme le parolier du West Side Story de Bernstein trouve le ton idéal en 1971 lorsqu’il se penche sur un genre dont la gloire remonte aux années 1930 : que faire après que le cinéma hollywoodien s’en est emparé, puis le raz de marée soixante-huitard de Hair ? Une décennie après Gipsy, dont il ne signa que les paroles, le compositeur exploite au mieux la nostalgie d’une époque révolue avec Follies, sur laquelle se greffe un humour débridé et sarcastique, néanmoins exempt de méchanceté et de vulgarité. Aujourd’hui âgés, les membres d’une troupe de Broadway retrouvent leur ancien théâtre promis à la destruction, pour une ultime soirée. Le théâtre dans le théâtre, ce n’est pas très neuf, mais Sondheim n’a pas son pareil pour aiguiser sa dramaturgie, mêlant souvenirs, fantasmes et réalité.
Il était risqué de vouloir recréer à notre époque le faste qui inspire Follies, le luxe insensé des spectacles du " grand " Ziegfeld, les Follies justement, mais Toulon et son metteur en scène Olivier Bénézech ont mis les bouchées doubles, sans chercher à créer une distance, déjà présente en filigrane. Beaucoup de naturel et de panache (et de travail !) dans ces numéros brillants et ces airs enjôleurs, galvanisés par de formidables comédiens-chanteurs, toutes générations confondues la plupart venus d’Angleterre. Mais attention, les quelques Français sont aussi excellents, de notre Nicole Croisille (inter)nationale à Denis D’Arcangello (inévitable travesti !), en passant par Jérôme Pradon (Buddy) et le danseur François Beretta. Lumières et costumes ad-hoc, chorégraphie impeccable de Caroline Roëlands, et direction enthousiaste de David Charles Abell : qu’attendez-vous de plus ? Faut-il vous chanter I’ still here ou Loveland ?
BROADWAY « MADE IN FRANCE »
Radio Classique
Il faut s'intéresser à Stephen Sondheim, génial compositeur qui a su exploiter avec humour et brio la nostalgie des années 1950 avec « Follies ».