Mort d’Yvan Colonna : Son codétenu livre les détails glaçants de son agression

HAMARD FANNY/SIPA

Comme l’écrit Yves Thréard dans son édito du Figaro, à quelques jours d’une élection présidentielle, la mort d’Yvan Colonna en prison aurait dû provoquer un tsunami de questions et d’indignation. Mais il y a eu la guerre en Ukraine.

« Si Dieu existe qu’il me fasse mourir tout de suite » aurait déclaré Yvan Colonna

Des questions sur l’assassinat de Colonna, il y en a probablement. De l’indignation, ce n’est pas si sûr, tant il est certain que beaucoup de Français ne comprennent pas que l’assassin du préfet Érignac soit érigé en martyr par les Corses, qui sont encore Français jusqu’à preuve du contraire. La Corse s’impose néanmoins à la une de la presse ce mercredi 23 mars. La mort de Colonna rouvre le dossier Corse titre L’Alsace. C’est le temps du deuil pour Corse matin et Nice matin. Et puis il y a Libération qui a pu consulter le dossier judiciaire de l’assassin. On y lit la version détaillée, froide et fanatique de Franck Elong Abé, détenu dans la même prison que Colonna et qui l’a tué dans la salle où le nationaliste corse faisait du sport.

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Libération produit des extraits de sa déposition. Voici sa version : « je considère que Dieu a frappé Yvan Colonna à travers mes mains pour riposter contre celui qui a blasphémé ». Qu’a donc pu lancer Yvan Colonna à celui qui semblait être devenu son camarade ? Franck Elong Abé a répondu aux enquêteurs et se contente de citer des phrases prononcées par Colonna : « moi je crache sur Dieu ». A l’occasion d’une promenade, Colonna aurait aussi déclaré « si Dieu existe qu’il me fasse mourir tout de suite ». Le 2 mars à 8 heures, Colonna se rend à la salle de sport. Auxiliaire sport, Franck Elong Abé arrive plus tard pour y faire le ménage tandis que le Corse fait des pompes.

 

Franck Elong Abé était dangereux, pourquoi l’autoriser à travailler en contact avec d’autres détenus ?

Franck Elong Abé poursuit son récit froidement, cliniquement : « Yvan m’a dit bonjour Franck. Je ne lui ai pas répondu. Instantanément l’ordre m’est venu d’agir. Donc je lui saute dessus. J’ai bondi au niveau de la tête, les pieds en avant. Il a crié le nom du surveillant 3 ou 4 fois. Il m’a dit en… quelque chose comme ça. Je pense qu’il était surpris et stupéfait. Je lui ai mis un coup de pied au niveau du cou, sa tête tape le sol et c’est là qu’il perd connaissance ». Et l’agresseur n’est pas avare de détails : « j’appuie mon pied au niveau de son cou environ une ou deux minutes, je ne sais pas. Il n’a plus les moyens de se battre. Je commence à l’étrangler. J’enlève mes mains et je le vois respirer ». Le détenu va utiliser deux sacs-poubelles pour achever la victime et l’étouffer. A ce moment-là les surveillant viennent prévenir Colonna qu’il a une visite. Franck Elong Abé leur explique que Colonna a fait un malaise, il sera bientôt confondu par les caméras de vidéo surveillance. Ce récit glaçant dans Libération suscite bien des questions. Pourquoi les gardiens n’ont pas vu les images de l’agression sauvage sur les écrans de vidéo surveillance ? Ils était deux, ces gardiens consultant deux écrans produisant chacun neuf images tournantes pour 280 caméras disséminées dans toute la prison.

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Pourquoi n’y avait-il pas de gardien dans la salle de sport ? Parce qu’elle n’était pas un lieu de surveillance prioritaire. Pourquoi les détenus de la salle d’à côté n’ont pas bougé ? Parce qu’ils ont confondu le bruit du pugilat avec celui des efforts produits par des sportifs. Les cris ? On en entend souvent en prison. Enfin cette question, Franck Elong Abé était dangereux, pourquoi l’autoriser à travailler en contact avec d’autres détenus ? Son comportement s’améliorait, il purgeait sa peine normalement. Cela n’empêche pas l’avocat de la famille de Colonna d’envisager des actions pénales et administratives en responsabilité de l’Etat. Cela n’empêche pas Yves Thréard du Figaro de poser cette question : Franck Elong Abé devait être bientôt libéré, que dire du régime réservé a ce criminel islamiste par l’administration pénitentiaire ? Comme lui plusieurs centaines de terroristes doivent retrouver la liberté dans les prochains mois. Peut-on l’admettre et laisser faire ?

David Abiker

 

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