« La police tue » : Jean-Luc Mélenchon relance le débat sur la légitime défense des policiers

Bony/SIPA

La polémique du jour oppose Jean-Luc Mélenchon à la police. « La police tue » a tweeté dimanche Jean-Luc Mélenchon après le décès d’une passagère, tuée samedi à Paris à la suite d’un contrôle routier. Ce matin, il explique assumer ses propos : « ce n’est pas normal qu’on tue quelqu’un parce qu’il refuse d’obtempérer ».

Pour la police, les conditions de la légitime défense ont été précisées dans un texte de loi de 2017

Jean-Luc Mélenchon a également posté ce message sur Twitter : « encore un abus de pouvoir inacceptable. La peine de mort pour un refus d’obtempérer. Le préfet approuve ? Le ministre se félicite ? La honte c’est quand ? ». Il a peut-être tweeté un peu vite, le leader insoumis. Non seulement il s’est mis à dos le syndicat de police Alliance, mais il donne l’impression qu’au nom de l’Etat de droit, il y a un laxisme vis-à-vis de la délinquance.

Libération rappelle que les conditions de la légitime défense pour la police ont été précisées dans un texte de loi de 2017. Ce texte a été voté après qu’un policier a été brûlé grièvement à Viry-Châtillon par les flammes d’un cocktail Molotov. Il assouplit les conditions d’ouverture du feu par les policiers. Ainsi peuvent-ils seulement faire usage de leur arme en cas d’absolue nécessité et de manière strictement proportionnée. Cette loi introduit des cas spécifiques, notamment le cas des conducteurs qui refusent d’obtempérer à l’ordre d’arrêt, l’usage des armes est alors possible si les occupants sont susceptibles de perpétrer dans leur fuite des atteintes à la vie des agents ou à leur intégrité physique ou à celle d’autrui.

 

37 000 représentants de l’autorité ont été agressés ces 12 derniers mois en France

Libération note que depuis cette loi la police dégaine davantage et notamment contre des véhicules. Quelle conclusion en tirer ? Que la loi est bonne car elle correspond à des situations en augmentation ou qu’elle est mauvaise parce que le comportement des policiers français se rapprocherait dangereusement de celui d’une police américaine détendu de la gâchette ? Il n’y a pas d’étude sur le sujet, un chiffre en revanche est donné ce matin par Le Figaro : plus de 37 000 représentants de l’autorité ont été agressés ces 12 derniers mois sur le sol français, ce qui correspond à plus de 100 policiers, gendarmes, pompiers et autres porteurs d’uniforme, victimes de violences chaque jour.

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Le Figaro rappelle également le profil de celui qui conduisait la voiture sur laquelle les policiers ont tiré samedi : 38 ans, enraciné dans la délinquance, de multiples mentions au fichier de traitement des antécédents judiciaires, il figurait au fichier des personnes recherchées, roulait sans permis, celui-ci ayant été annulé. Malgré ce pedigree, Mélenchon a tweeté plus vite que son ombre, braquant contre lui la totalité de la classe politique, nous explique Le Parisien-Aujourd’hui en France. Gérald Darmanin d’abord, en bon ministre de l’Intérieur proche de la troupe, a immédiatement réagi aux propos de l’Insoumis, défendant des policiers qui méritent le respect, Marine Le Pen a dénoncé des propos d’une violence inouïe. Le socialiste Stéphane Le Foll a jugé indignes les déclarations de quelqu’un qui prétend gouverner la France. « Mélenchon persiste dans l’outrance et le mépris de nos forces de l’ordre » a lancé Robin Reda candidat macroniste dans l’Essonne.

 

Jean-Luc Mélenchon a qualifié le syndicat Alliance de factieux

Le syndicat de police Alliance est dans le viseur de Jean-Luc Mélenchon. Le Figaro rappelle que le 1er juin, Mélenchon l’a qualifié de secte. Songeant sans doute aux manifestations des gilets jaunes, il avait évoqué une police violente qui fait ce qu’elle veut, en mai dernier il avait encore qualifié le syndicat Alliance de factieux. Que dit un représentant d’Alliance au Figaro ? « Les voyous n’ont plus peur des policiers et c’est l’impunité qu’on encourage en mettant sans cesse en cause les collègues qui risquent leur vie sur le terrain pour défendre celle des autres. On déplore en France un refus d’obtempérer toutes les 20 secondes. Avec la présomption de légitime défense réclamée par Alliance il ne s’agit pas de rendre le policier intouchable mais seulement de renverser la charge de la preuve. On ne peut pas continuer à considérer par principe qu’un policier qui fait un usage de son arme en intervention est potentiellement un meurtrier ». Mélenchon a fait ressurgir par son tweet le débat sur la légitime défense des policiers et la présomption d’innocence, et il est vrai que le lecteur des journaux dans ces affaires à répétition est surpris, voire scandalisé même s’il est attaché à l’Etat de droit. Les policiers sont davantage mis à l’index dans la presse que les voyous qui refusent d’obtempérer et se servent parfois de leur véhicule comme d’une arme. Délinquants assurément, récidivistes souvent, armés fréquemment. Est-ce que ça inspire les tweets de Jean-Luc Mélenchon ? Pas vraiment.

David Abiker

 

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