Wilhelm Kempff

Né le 25 septembre 1895 à Jüteborg dans une famille d’organistes luthériens, Wilhelm Kempff commence tout naturellement à étudier l’orgue et le piano avec son père, titulaire de l’église Saint-Nicolas de Potsdam. Grâce à d’évidentes dispositions, il obtient la possibilité d’entrer à la « Hochschule für Musik » de Berlin dès l’âge de neuf ans. Il étudie alors la composition (un aspect de l’expression musicale qui lui tiendra toujours à coeur) et reçoit l’enseignement de Heinrich Barth en classe de piano. La personnalité même de son professeur lui confère un sentiment de légitimité : Barth avait en effet été l’élève de Hans von Bülow, lui-même élève de Liszt ; or Liszt avait suivi l’enseignement de Czerny, et Czerny celui de Beethoven… Kempff conserva toujours une passion pour la culture dans ses aspects les plus divers : ayant poursuivi ses études générales, il revint à la Hochschule trois ans plus tard et continua d’ailleurs à étudier la philosophie et l’histoire de la musique à l’Université.

C’est en 1916 que sa « carrière » prend son essor : après avoir remporté les prix Mendelssohn de piano et de composition, il donne ses premiers concerts publics,et, deux ans plus tard, est appelé par Arthur Nikisch pour interpréter le Concerto n°4 de Beethoven avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin. Parallèlement à son activité de pianiste, il se partage entre l’orgue, la direction d’orchestre et le professorat jusqu’à la fin des années vingt. Il mène alors une brillante carrière internationale, effectuant des tournées au Japon, en France ou en Amérique du Sud, et des enregistrements relativement nombreux déjà chez Polydor (la future Deutsche Grammophon), en particulier une quasi-intégrale des 32 Sonates pour piano de Beethoven (suivie de deux cycles complets dans les années cinquante et soixante). Après la guerre, et quelques mois de silence imposés par les autorités américaines, il se fixe en Bavière et reprend une activité de concertiste. Progressivement, il s’intéresse davantage à la musique de chambre, et joue avec des instrumentistes d’horizons très variés. A partir de 1957, il dispose, grâce à un mécène, de la Casa Orfeo à Positano (dans le Sud de l’Italie) où il donne des cours d’interprétation limités à quelques élèves avant de s’y retirer en 1984.

Tenus comme de véritables références durant les années 60 et 70, les enregistrements de Wilhelm Kempff ont ensuite connu une certaine éclipse. Tardivement réédités, ses disques témoignent pourtant d’une profondeur, d’une poésie, en un mot d’une culture que l’on re-découvre aujourd’hui avec émerveillement. Mais Kempff compositeur reste à découvrir : parmi ses très nombreuses œuvres – 4 Opéras, un Concerto pour violon, 2 Symphonies (Furtwängler créant la 2nde) etc. – seuls 4 Lieder chantés par Fischer-Dieskay (DG) s’ajoutent aux quelques pièces pour piano enregistrés par Idil Biret.
Francis Drésel, directeur de la programmation musicale de Radio Classique