Le monde selon Menuhin

«Maintenant, je sais qu’il existe un Dieu au ciel». Nous sommes en 1928, Yehudi Menuhin a douze ans et vient de donner un concert historique à Berlin, lorsqu’Albert Einstein s’extasie en ces termes devant l’enfant prodige. Soixante-douze ans plus tard, c’est le monde musical qui tournait ses yeux vers le ciel, alors que disparaissait celui qui éclaira de son halo généreux une bonne partie du 20e siècle. S’imposant sur les plus grandes scènes européennes durant l’Entre-deux-guerres, les concerts du jeune interprète attirèrent les foules et enthousiasmèrent les grands musiciens: une célébrité inattendue, que le soliste choisit rapidement de mettre au service des plus grandes causes. Un engagement humaniste sinon humanitaire, qui verra le violoniste jouer pour les soldats alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, accompagner Benjamin Britten à Belsen pour un récital en faveur des rescapés des camps de concentration ou donner un concert en Allemagne avec Fürtwangler en 1947, alors qu’aucun musicien juif ne souhaite plus le faire. C’est également à cette période qu’il entreprend de faire connaître la musique de Béla Bartók, financièrement aux abois, à qui il commande une Sonate pour violon seul, une pièce unique de 25 minutes (comme il n’en existe plus depuis Bach). A cette époque, la musique classique, la «grande» musique, est réservée à l’élite, et Menuhin fait le choix de jouer pour ceux qui n’ont pas accès aux salles de concert, fait fi des clichés et des frontières, traverse le Rideau de fer et se fait porteur d’un message de paix en pleine Guerre Froide. Plus tard, il jouera pour les réfugiés palestiniens, se déclarera en faveur d’un État israélo-palestinien unique et laïc, défendra une position radicale contre le régime soviétique et deviendra ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO.

Aujourd’hui, alors que le mur de Berlin est tombé, que le Moyen-Orient est toujours à feu et à sang, que nous reste-t-il de l’héritage de celui qui prônait la création d’un «Parlement des cultures» ?

A Ville d’Avray, en région parisienne, une équipe de jeunes musiciens (tous âgés de moins de trente ans) soucieux de faire perdurer les valeurs du maestro américain – citoyen d’honneur de la ville des Hauts-de-Seine où il vécut, avec sa famille, de 1930 à 1935 – participaient l’année dernière à la naissance d’un festival hommage tourné vers tous les publics.

Projections, méditation, masterclasses, exposition et concerts bien sur, rythment, trois jours durant, la commune des Hauts de Seine et ce sont des artistes tels que Pierre Fouchenneret

Adrien Boisseau, Tanguy de Williencourt ou Bruno Philippe, réunis par la jeune directrice artistique, et pianiste, Isabelle Cottet, qui participeront aux festivités cette année.

Le Festival Hommage Menuhin se tiendra du 21 au 23 avril au Château de Ville d’Avray.

http://www.festivalhommagemenuhin.com/

https://www.youtube-nocookie.com/watch?v=UeRqsDC2Is8

Albina Belabiod