Marine Le Pen se lance enfin dans la campagne des législatives. Face au tour de force de Jean-Luc Mélenchon et de son union de la gauche, la cheffe du Rassemblement national n’a-t-elle pas perdu trop de temps dans la bataille électorale ?
Jean-Luc Mélenchon a eu 15 jours d’avance pour lancer sa campagne législative
Le Rassemblement national lance à son tour sa campagne pour les législatives. Cela faisait 2 semaines qu’on n’avait pas entendu Marine Le Pen. Peut-on parler d’un retard à l’allumage ? Si Marine Le Pen a été finaliste à l’élection présidentielle, c’est à la fois sa force et son handicap. C’est sa force parce que, dans l’opposition, elle seule peut se targuer d’avoir réuni plus de 13 millions d’électeurs sur son nom. Cela la qualifie pour être l’opposante en chef à Emmanuel Macron.
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Pourtant c’est un handicap car, éliminé dès le premier tour, Jean-Luc Mélenchon a eu 15 jours d’avance pour lancer sa campagne législative en se posant d’emblée candidat au poste de Premier ministre. Cela est un non-sens sur le plan institutionnel mais un coup de maître sur le plan de la communication. Il est vrai que ça fait 3 semaines qu’il est au centre du débat politique. A l’inverse Marine Le Pen a d’abord pris des vacances avant de réapparaître. Sur le plan humain c’est tout à fait compréhensible, mais effectivement cela l’a fait un peu disparaître des radars.
En refusant de s’allier à Eric Zemmour, Marine Le Pen reste isolée
Alors entre Mélenchon et Le Pen, on se demande qui est le véritable opposant au chef de l’Etat ? La dernière mesure objective, c’est la présidentielle, et là le point revient à Marine Le Pen. Pourtant depuis, il y a eu un événement politique et une réalité électorale. L’événement politique c’est que Mélenchon a réussi à faire l’union de la gauche. Forcément, cela crée une dynamique et même une forme d’euphorie dans l’électorat de gauche qui se remet à y croire. Symétriquement, Marine Le Pen reste isolée et n’a même, pas voulu faire d’alliance avec Éric Zemmour. Cela ne permet donc pas d’enclencher une dynamique. La réalité électorale c’est le mode de scrutin majoritaire qui favorise les formations qui font des alliances et qui pénalise celles qui sont isolées. Ce qui fait que même dans l’hypothèse d’un score équivalent, la gauche mélenchoniste est assurée d’obtenir bien plus de députés que la droite lepéniste.
Mélenchon cible prioritaire de Macron et Le Pen
C’est pour cela que Marine Le Pen et Emmanuel Macron font, pour des raisons opposées, de Jean-Luc Mélenchon leur cible prioritaire. En effet, Marine Le Pen martèle que l’idée d’une victoire de la Nouvelle Union populaire, c’est de l’esbroufe pour conjurer un éventuel vote utile de l’électorat populaire. Elle cherche donc à banaliser cette hypothèse. Emmanuel Macron quant à lui à besoin de crédibiliser cette théorie pour effrayer le bourgeois.
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En somme, Marine Le Pen a besoin d’affirmer que Mélenchon ne peut pas gagner pour récupérer des électeurs contestataires. Tandis qu’Emmanuel Macron a besoin de dire que Mélenchon risque de gagner pour que l’électorat de la gauche modéré et celui de la droite modérée voient en lui un refuge, un vote nécessaire pour empêcher la victoire de la gauche radicale. C’est pour cela qu’après avoir agité le spectre du péril brun à la présidentielle, les macronistes agitent le spectre du péril rouge aux législatives.
Guillaume Tabard