Le War Requiem de Britten par Mariss Jansons

Après les immenses succès de Benjamin Britten lui-même, Simon Rattle et Richard Hickox, Mariss Jansons livre du « War Requiem » une version bouleversante d’une rare noblesse.

La cathédrale de Coventry, totalement détruite pendant les bombardements de la Deuxiè­me Guerre mondiale est enfin reconstruite et c’est à l’occasion de sa nouvelle inauguration en 1951 que Britten composa un requiem dont l’idée le poursuivait et qui devait être tout à la fois un mémorial pour les morts des deux Guerres et un vibrant appel à la paix à venir, mêlant la liturgie de la messe des morts aux bouleversants poèmes de Wilfred Owen, poète anglais mort prématurément au Front, en 1918.
Jansons nous offre d’abord une vision globale d’une grande cohérence que l’enregistrement public favorise à l’évidence et qui évite toutes les fragmentations ou segmentations à laquelle cette œuvre pourrait inciter. Embrassant l’œuvre d’un seul geste, magnifique et universel, nous sentons la noblesse de cette vision dès le " Requiem aeternam " initial, pourtant abordé avec discrétion et pudeur : rien de " cathédralesque " chez Jansons. Second atout : les chœurs magnifiques de la Radio Bavaroise, éclatant de santé, d’une précision et d’une cohésion, d’une ferveur et d’une justesse d’intonation, auxquelles son chef, Michael Gläser, n’est ­certainement pas étranger. Quant au chœur séraphique, le Tölzer Knabenchor, dans son nuageux lointain, est parfait.Les solistes sont au-delà de tout espoir : Emily Magee, pour la partie latine (et représentant la nation russe) de la messe, retrouve sans l’imiter la fureur ou la déploration de Vichnevskaïa (avec Britten). Le ténor et le baryton sont exemplaires. Christian Gerhaher (représentant la nation allemande) est d’une magnifique autorité qui se mue, dans l’Offertorium, en chant compassionnel par son dialogue avec le ténor (nation anglaise), admirablement incarné ici par Mark Padmore, sans doute le plus grand brittenien, aujourd’hui, dans ce registre. Reste à saluer la performance de l’Orchestre de Bavière, d’une exceptionnelle teneur et dont la beauté de timbre se dispute à l’efficacité dramatique et à la poésie d’une pleine intensité.
Les partisans d’une approche plus viscérale resteront sans doute fidèles à Hickox, d’autres, plus métaphysiciens, à Rattle ou Britten, mais Jansons livre ici une interprétation en tout point admirable.
Benjamin Britten (1913-1976)
War Requiem
Mark Padmore (ténor), Christian Gerhaher (baryton), Emily Magee (soprano), Tölzer Knabenchor, Chœur et Orchestre symphonique de la Radio de Bavière,dir. Mariss Jansons
BR Klassik 2 CD 900120 (Abeille). 2013. 1 h 27′
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