LE NOUVEAU TÉNOR-HÉROS QUI NOUS VIENT D’ITALIE

Vittorio Grigolo ne manque pas d’atouts : surnommé le Gérard Philipe de l’opéra, le jeune ténor italien a tout le charme du « latin lover » et une voix conquérante, qui lui vaut d’être aussi appelé « Il Pavarottino ».

Retour à la sobriété ? À ceux qui n’auraient pas goûté la tendance dégoulinante de ses précédents opus (Arriverdici, Ave Maria), ce programme français agira comme un baume, recadrant et tempérant l’image de chien fou de ce ténor très conscient de la beauté de ses moyens et de ses atouts de latin lover. Dans un style et un français impeccables (oublions ces furtifs chuintements du type " fuyez douche image… rechpectez "), il Pavarottino nous livre neuf portraits ciselés et pleins de ­naturel, radieux de poésie.Si certains rôles comme Don José, Eléazar, Vasco de Gama, royaux de ligne pourtant, excèdent ses moyens actuels, on ne voit pas qui lui opposer aujourd’hui en Des Grieux, Manon, Faust ou Roméo, des familiers pour lui à la scène ; au quatrième acte, son duo vibrant avec la Juliette idéale de Sonya Yoncheva atteint des sommets, et on ne souvient pas, depuis Roberto Alagna, d’un " Ah lève-toi soleil ! " aussi pur de galbe et de dosage, entre pudeur et exaltation. Et décidément, le timbre séduit de bout en bout par son éclat, son homogénéité, son aigu limpide, et son aptitude à varier les couleurs. On sera d’autant plus conquis que le morne Evelino Pido desserre enfin son corset et vibre à l’unisson avec son ténor. Quoi de plus ?