La fin programmée du remboursement de l’homéopathie va-t-elle tuer les laboratoires Boiron ?

Que Boiron soit inquiet, c’est normal. Le groupe lyonnais est le leader mondial de l’homéopathie et il réalise 60% de son chiffre d’affaires en France. Et l’homéopathie c’est 98% de leur chiffre d’affaires.

Ils sont à la fois hyper dépendants des petites granules. Et hyper dépendants du marché français. Ils pensent qu’en France les ventes pourraient reculer à court terme et à long terme ils se disent que si on dérembourse, cela va pousser moins d’étudiants en médecine à se former.

Du coup on aura moins de médecins prescripteurs et donc le marché reculera structurellement. Et ils pensent enfin qu’à l’international, ils auront plus de mal à convaincre que l’homéopathie est une bonne solution médicale si même sur leur marché domestique on commence à douter de son efficacité. Mais en même temps, je pense que Boiron crie un peu avant d’avoir mal.

 

Pourquoi n’êtes-vous pas trop inquiet pour Boiron ?

C’est sûr que quand un produit est gratuit pour le consommateur on a plus de chances d’en vendre. Mais la réalité c’est que l’homéopathie ça n’est déjà plus remboursé à 100%. En 2003 le taux de remboursement est passé de 60 à 35%.

Et on est même tombé à 30% en 2011. Alors bien sûr comme ce n’est pas très cher il y a des mutuelles qui proposent une prise en charge.

Mais la vérité c’est que même si ce n’était plus remboursé, comme c’est un produit pas cher, il y a de fortes chances que ceux qui croient en l’homéopathie continueraient d’en consommer.

Ce n’est pas parce qu’il faudra payer un peu plus que certains vont arrêter d’y croire.

Boiron ne va peut-être pas s’effondrer mais en même temps il n’y aura plus beaucoup de croissance ?

En France, peut-être pas mais la France ça n’est pas le marché mondial. L’Hexagone c’est peut-être 10-15% du marché. Il y a des réserves de croissance ailleurs.

D’ailleurs il y a plus de pays dans lesquels l’homéopathie n’est pas remboursée que de pays dans lesquels il y a une prise en charge. Et ça n’a pas freiné l’essor de ce marché qui aurait plus que doublé depuis le début du siècle.

Le marché mondial serait aujourd’hui supérieur à 3 milliards selon les estimations les plus basses. Peut-être le double selon certains.

Et il y a un potentiel de croissance parce que l’homéopathie colle avec la tendance actuelle qui est porteuse pour les médecines douces. Boiron va peut-être souffrir un peu mais la France est loin d’être si dure avec l’homéopathie.

Le gouvernement ne critique pas les petites granules. Il ne veut juste plus payer.

On est pas comme aux Etats-Unis où il faut mentionner sur les boites que l’efficacité de l’homéopathie n’a pas été prouvée scientifiquement, sans quoi les laboratoires risquent d’être condamnés pour publicité mensongère.

David Barroux

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