Ivry Gitlis, le roseau chantant

Il est toujours à l’écoute, toujours aux aguets, toujours présent. Curieux, vif, enthousiaste. Il n’aime pas jouer au grand maître alors que son art, sa réputation le lui autorisent largement. C’est un immense violoniste, mais il préfère rester jeune, Si Ivry Gitlis n’existait pas, on ne saurait pas comment l’inventer car notre époque manque singulièrement d’imagination. Heureusement, il en a pour vingt et une émission avec lui, c’est un bonheur de tous les instants. Il ne prépare rien, il n’arrive pas avec des phrases toutes faites, il transporte sa vie avec lui, sa fabuleuse mémoire, qui déborde comme une fontaine de Rome. Il se laisse porter par l’instant présent donc il a le trac avant de commencer. Quand la séquence des madeleines a commencé, il m’a fait signe qu’il ne pourrait pas s’empêcher de pleurer.

C’était la Chanson de Solveig (Peer Gynt de Grieg) que lui chantait sa mère, morte en 1945. C’était merveilleux de l’entendre parler de Jacques Thibaud, d’Enesco, de Toscanini… Des gens qu’il a connus ou entendus. Et puis Martha a téléphoné. Je lui avais laissé des messages sur son répondeur car je savais qu’elle était à Paris. Leur échange était magnifique. J’ai adoré la fin : Martha voulait dire à Ivry de passer la voir ; elle l’a fait sans pudeur comme s’ils étaient seuls au téléphone. Et puis, sur la Sonate de Franck, l’émotion était trop forte… 

J’étais heureux de faire découvrir à Ivry la chanson de Barbara, « A force de »  sur des paroles de Guillaume Depardieu. Il a eu des mots très doux sur ce « jeune homme aux semelles de vent ». 

Après l’émission, il m’a dit : je me sens comme sortant d’une essoreuse à salade ! Je l’ai raccompagné en taxi chez Martha et je les ai laissé seuls. Il était heureux. Deux fois pendant l’émission, il m’a tendu la main par-dessus la table et m’a serré les doigts très forts. J’en porte encore la marque.

Concerto de Sibelius – 1er mvt (Gitlis/Szell)

Madeleines

Chanson de Solveig (Grieg)

Valse de Chopin par Rachmaninov

Concerto n° 4 de Mozart, 2e mvt, par Hubermann

Programme

Verdi / Requiem Dies Irae Toscanini

Enesco et Menuhin, Concerto de Bach

Jacques Thibaud : Sonatine de Schubert

Beethoven : Pastorale par Furtwängler, 1er mvt

Franck : Sonate 1er mvt par Gitlis et Argerich

Barbara : A force de (texte de G. Depardieu)

Léo Ferré : Les étrangers (avec Gitlis)

Paganini : Caprice n° 13 (Gitlis)