Les premiers essais de compositions d’Esa-Pekka Salonen datant des années 1980, n’avaient pas été concluants, mais les choses changent. Le Finlandais est de plus en plus souvent célébré pour son talent de compositeur. On se souvient du Festival Présence de Radio-France, qui avait proposé une quasi-intégrale de son œuvre lors de son édition 2011, avec quelques premières mondiales comme le chœur Dona Nobis Pacem ou la pièce pour orchestre Nyx, reprise dans ce nouveau disque monographique de DG. Hommage à la déesse grecque de la nuit, Nyx, où le son semble générer la forme, s’impose par son brio orchestral et sa qualité de facture. Cette réussite renouvelle celle des LA Variations de 1996, et évite par ailleurs le remplissage, reproche qui est venu ternir l’appréciation d’une grande partie de la musique de Salonen, à l’instar du Concerto pour piano, bien réalisé mais si pauvre d’idée.
Est-il condamné à écrire de la " musique de chef d’orchestre " ? Composé à l’occasion de son départ de la direction de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles en 2009, le Concerto pour violon, d’une grande richesse d’inspiration, prouve que non. Son " impressionnisme post-moderne " s’inspire autant du syncrétisme à la John Adams que d’un sonorisme lointainement inspiré de Ligeti. Mélange habile de dynamisme et de statisme, de subtils sortilèges orchestraux et de pulsions primaires, ce Concerto parvient à concilier la froideur et la volupté – des adjectifs qui conviennent également au jeu de la violoniste Leila Josefowicz, à qui la partition est dédiée, et à la direction de Salonen. En attendant le jugement du temps, on se délectera d’une musique aussi bien sonnante !
Henri Dutilleux, lui, est déjà un classique et l’on ne peut que se réjouir de l’entendre dirigé par un chef du calibre de Salonen, interprète de référence de Debussy et Ravel. Dans le Concerto pour violoncelle (1970) et Shadows of time (1997), ce nouvel enregistrement fait jeu égal avec les références : Rostropovich (EMI) et Mørk (Virgin) pour la première partition, Tortelier (Chandos) et Ozawa (Erato) pour la seconde. La précision du violoncelle de Kartunen, le lyrisme rentré du chef, d’une attention inouïe aux textures sonores, offrent une image inédite de ces œuvres. L’enregistrement du cycle de mélodies Correspondances, sur des textes de Baudelaire, Soljenitsyne, Rilke et Van Gogh reflétant " une inclination à la pensée mystique ", constitue le point fort de ce programme. La création mondiale en septembre 2003 par Dawn Upshaw, l’Orchestre philharmonique de Berlin et son chef Simon Rattle, qui a bien été captée, n’est jamais parue. Question et moyens et de tempérament, Barbara Hannigan donne de Correspondances une vision plus tragique que Dawn Upshaw, tout en respectant mieux la volonté du compositeur, qui nous confiait que " les textes doivent être le plus compréhensibles possible : bien que chantés par une voix d’opéra, ils pourraient presque être lus, tout simplement ". Esa-Pekka Salonen souligne la variété et les colorations de l’orchestration avec une attention tout aussi remarquable : ce premier enregistrement est un coup de maître.
Esa-PekkaSalonen
(né en 1958)
CHOC
Concerto pour violon.
NyxLeila Josefowicz (violon), Orchestre symphonique de la radio finlandaise, dir. Esa-Pekka Salonen
DG 4790628 (Universal). 2011 et 2012. 49′ Nouveauté
HenriDutilleux
(né en 1916)
CHOC
Correspondances. Concerto " Tout un monde lointain ". The Shadows of time
Barbara Hannigan (soprano), Anssi Kartunen (violoncelle), Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Esa-Pekka Salonen
DG 4791180 (Universal). 2011 et 2012. 67′ Nouveauté
Esa-Pekka Salonen, chef et compositeur
Radio Classique
Deux parutions chez Deutsche grammophon mettent en lumière. les talents d’Esa-Pekka Salonen. sa direction sublime l’orchestre d’Henri Dutilleux. mais le chef compte aussi désormais parmi les compositeurs majeurs de notre temps.