« Crimes de guerre » en Ukraine : A l’ère numérique, la difficile enquête de la Cour pénale internationale

Vadim Ghirda/AP/SIPA

Le 4 avril, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, n’a pas caché son émoi en déplacement dans la ville de Boutcha, en périphérie de Kiev. Il a assuré que « ces crimes de guerre seront reconnus comme génocide ».

Les « 4 000 crimes de guerre » doivent être vérifiés par la Cour pénale internationale

Le 3 avril dans une banlieue de Kiev, 300 cadavres ont été retrouvés dans des charniers ou abandonnés à même les trottoirs. Selon les autorités ukrainiennes, ce sont vraisemblablement des civils exécutés par l’armée russe. On retrouve cette infamie à Motyzhin, une autre banlieue de la capitale ukrainienne, où la maire de la ville et des habitants auraient été exécutés. La procureure générale d’Ukraine a affirmé le 4 avril que « plus de 4 000 crimes de guerre » ont déjà été enregistrés. Le Kremlin dément quant à lui ces accusations affirmant au contraire que l’OTAN et Washington ont commandé les « images » de Boutcha. La Cour pénale internationale en charge de l’enquête sera chargée de déceler le vrai du faux.

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Pour cela, la justice internationale peut compter sur le travail des enquêteurs et des ONG. Pourtant dans un pays en plein conflit, ce recueil des preuves est rendu particulièrement difficile. En effet, à Boutcha, policiers, soldats, médecins ukrainiens et membres d’ONG, tous concourent déjà à la collecte des preuves sur le terrain. Une avalanche d’éléments bruts qui doit encore être vérifiée par les enquêteurs de la CPI, une fois sur place. Eric Emeraux, ancien chef de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, et auteur de « La Traque est mon métier » (édité chez Plon) explique la complexité de ces vérifications : « les enquêteurs vont devoir recouper l’ensemble des preuves avec les témoignages, les vidéos de surveillances et les photos des civils. C’est un travail des plus minutieux qui requiert une expertise et une méthode toute particulière ».

Les milliers d’images postées sur les réseaux sociaux complexifient le travail des enquêteurs

Sur un terrain encore en conflit, ces vérifications s’avèrent très compliquées. Les corps des victimes peuvent avoir été déplacés ou endommagés. La multiplication des images postées sur internet est également une autre difficulté pour les enquêteurs. En effet, des milliers de documents ont été envoyés chaque jour par des anonymes. Selon Jean-Claude Samouiller, vice-président d’Amnesty International, cette situation n’avait jamais été vue auparavant et complexifie le travail de l’enquête : « la guerre en Ukraine est surement le conflit le plus documenté de l’histoire. Les experts doivent s’adapter à cette nouvelle ère et établir un véritable travail de fourmi en identifiant l’ensemble des vidéos postées sur les réseaux sociaux ».

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Ces preuves numériques sont très intéressantes car elles permettent en effet de connaître la date, l’heure, la géolocalisation des faits et possiblement d’identifier les individus responsables. En effet, certains soldats russes n’hésitent pas à poster leurs faits et gestes sans filtre sur des réseaux comme Facebook et Telegram. Pour faciliter ce travail de recueil de preuves, Eurojust, l’Agence de coopération judiciaire européenne a mis en place un dispositif spécial. En Ukraine une équipe sur place sera chargée de faire le lien entre les informations recueillies par les enquêteurs européens et ceux de la Cour pénale internationale.

Eric Kuoch

Ecoutez le reportage d’Eric Kuoch : 

 

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