Assurance-chômage : Excédent spectaculaire, les comptes repassent dans le vert

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Les comptes de l’assurance-chômage française vont repasser dans le positif. Cette bonne nouvelle signifierait que la crise ukrainienne n’a pas trop impacté l’embauche en France et que les créations d’emplois vont continuer.

L’organisme qui gère l’indemnisation des chômeurs va dégager un excédent de 2,5 milliards d’euros en 2022

L’assurance-chômage va revenir dans le vert dès cette année. Une nouvelle réjouissante alors qu’on évoque souvent les déficits publics, le trou de la Sécu et le « quoi qu’il en coûte ». C’est d’abord une bonne nouvelle pour une question purement financière. La dette de l’Unédic, l’organisme qui gère avec Pôle emploi l’indemnisation des chômeurs, avait explosé au plus fort de la pandémie. Elle était montée à 63 milliards d’euros en 2021. Ce gouffre était lié aux 19 milliards d’euros consacrés aux mesures d’urgence exceptionnelles prises quand le pays était à l’arrêt. Il fallait continuer à payer les Français même quand ils étaient contraints au chômage partiel. Dès cette année, l’Unédic va dégager un excédent de 2,5 milliards d’euros. On espère que ce chiffre passera à 3 milliards l’an prochain, et à 4,2 milliards l’année suivante en 2024. On pourrait donc commencer prudemment à se désendetter.

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L’autre bonne surprise est que les dernières prévisions qui dataient du 25 février dernier, c’est-à-dire quelques heures après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, sont toujours viables. L’incertitude était totale, et personne ne croyait vraiment à ce scénario d’un retour des comptes dans le vert. Enfin, il y a une dernière raison de se réjouir. En effet, l’Unédic paye les allocations chômage donc quand ses comptes s’améliorent cela signifie qu’il y a moins de chômeurs ou plus de cotisations. Autrement dit, les perspectives sur l’emploi sont bonnes. L’organisme s’attend à un plateau du nombre de chômeurs à indemniser en 2023 et 2024 d’environ 2,4 millions de personnes. Les créations nettes d’emplois vont donc continuer, et permettre de compenser la croissance de la population active.

Une réforme du gouvernement pourrait être la cause de ce résultat

De plus, l’assurance-chômage a été réformée tout récemment, dans le sens d’un durcissement des conditions d’accès pour les chômeurs. Cette réforme avait été faite, selon le gouvernement, dans un but d’inciter davantage les chômeurs à rechercher du travail, et inciter les entreprises à ne pas abuser des contrats courts. En revanche, plusieurs syndicats avaient vigoureusement combattu cette réforme. Ils étaient allés jusqu’en justice, mais avaient fini par perdre. La réforme s’est donc appliquée, et les syndicats estiment qu’elle n’a pour seul but de faire des économies sur le dos des chômeurs.

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Active depuis peu, il est en fait difficile d’estimer l’impact exact de cette réforme. La présidente de l’Unédic Patricia Ferrand estime que sur 3 ans, la dette de l’organisme va s’alléger de 10 milliards d’euros. Les deux-tiers de cette somme seraient dus à la réforme du gouvernement. Pourtant, elle reconnaît aussi qu’elle s’appuie sur une étude d’impact qui date d’avril 2021, autrement dit de la préhistoire. Tout cela tombe au moment où il faut négocier la prochaine convention de l’Unédic. Ce timing et ces chiffres ne semblent donc pas très sérieux. D’ailleurs, le gouvernement pourrait bien prolonger l’actuelle convention pour permettre des négociations plus sereines sur le dossier tout aussi chaud de la réforme des retraites.

François Geffrier 

Ecoutez François Geffrier (à partir de 4’30) :

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