Afghanistan : Le chanteur folklorique Fawad Andarabi exécuté par les talibans

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Fawad Andarabi était un chanteur folklorique afghan réputé dans la province de Baghlan où il résidait. Selon plusieurs sources, il a été interpellé la semaine dernière à son domicile dans le district d’Andarab et exécuté froidement par les talibans qui interdisent la musique en Afghanistan car, selon eux, « elle n’est pas islamique ».

Les talibans étaient déjà venus chez Fawad Andarabi et avaient partagé le thé avec lui

Joueur de ghaychak, un luth à archet, et interprète de chansons traditionnelles, Fawad Andarabi était un artiste réputé en Afghanistan et particulièrement dans sa région natale, la province de Baghlan située à une centaine de kilomètres au nord de Kaboul près du Panshir, une des rares provinces non-contrôlées par les talibans désormais au pouvoir.

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Selon Jawad, le fils de Fawad Andarabi interrogé par l’agence Associated Press (AP), des hommes sont venus à son domicile de Kishnabad un matin de la semaine dernière, l’ont entraîné manu militari hors de chez lui avant de l’exécuter d’une balle dans la tête. Toujours selon lui, ce n’était pas la 1ère fois que les talibans rendaient visite à son père. Ils avaient même déjà partagé le thé avec lui, a-t-il déclaré, ajoutant « Il était innocent, c’était un musicien qui ne faisait que divertir les gens. Je veux que justice soit faite ». Un conseil local des talibans a promis de punir les meurtriers de son père et le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a déclaré à AP que « l’incident » ferait l’objet d’une enquête.

Les étudiants en musique ont rendu ou caché leurs instruments par crainte de représailles

Sur son compte Twitter, l’ancien ministre afghan de l’Intérieur Masoud Andarabi, lui aussi originaire de cette région, a déclaré « La brutalité des talibans continue à Andarab. Aujourd’hui, ils ont brutalement tué le chanteur folklorique Fawad Andarabi, qui apportait simplement de la joie à cette vallée et à ses habitants ».

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Parallèlement Zabihullah Mujahid a déclaré que, s’ils cherchaient à véhiculer une image beaucoup plus tolérante, les talibans n’autorisent toujours pas la musique en public. « La musique est interdite dans l’Islam », a-t-il précisé « mais nous espérons pouvoir persuader les gens de ne pas faire de telles choses, sans faire pression sur eux ». Une déclaration d’intention qui ne rassure pas dans les milieux artistiques. Le fondateur et directeur de l’Institut national afghan de musique, le Dr Ahmad Sarmast, a déclaré à la BBC que certains étudiants avaient même rendu leurs instruments à l’école ou les avaient cachés depuis que les talibans ont repris le pouvoir. « Les étudiants ont peur et sont inquiets. Ils comprennent clairement que s’ils retournent à l’école, ils pourraient en subir les conséquences et être punis pour ce qu’ils ont fait » a-t-il précisé.

Philippe Gault

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