Afghanistan : certaines sociétés ne veulent pas « qu’on fasse leur bonheur contre elles », selon Gérard Araud

Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis entre 2014 et 2019, était l’invité de Renaud Blanc dans la matinale de Radio Classique ce lundi 6 septembre 2021. Il estime que le départ américain d’Afghanistan, après 20 ans de guerre, révèle que non seulement les Etats-Unis ne veulent plus être les gendarmes du monde, mais aussi que certaines sociétés refusent « qu’on fasse leur bonheur contre elles ».

« Pourquoi les Américains et l’Occident ont autant investi en Afghanistan, pourtant un enjeu périphérique ? »

La décision du président américain Joe Biden de mettre fin à la présence américaine en Afghanistan n’est en réalité pas uniquement la sienne, explique Gérard Araud : « Barack Obama, Donald Trump, Joe Biden ont tous senti la lassitude des Américains pour les engagements internationaux ». Il s’agit pour la population de « ramener les boys à la maison » et de cesser de dépenser de l’argent sur ce front (1400 milliards de dollars). Le diplomate voit dans ce départ de l’armée américaine un échec global de l’occident, une crise d’hybris, de démesure : « Après l’effondrement du bloc soviétique, nous pensions que le monde était voué à la démocratie libérale et que nous allions aider les pays à accéder à ce régime ». Or, souligne-t-il, ces sociétés « ne veulent pas qu’on fasse leur bonheur contre elle ».

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« Les talibans nous ont prouvé qu’ils pouvaient battre leurs ennemis »

Les talibans ont annoncé hier la chute du Panshir, le dernier bastion de résistance à leur prise de pouvoir. « Faut-il aider les forces d’Ahmad Massoud, le fils du commandant Massoud ? » interroge Renaud Blanc. Gérard Araud penche plutôt vers la négative : « Les talibans nous ont prouvé qu’ils pouvaient battre leurs ennemis », et poursuit : « est-il nécessaire de poursuivre la guerre, de créer encore plus de misère, de souffrance ? ». Il constate que les peuples résistent globalement aux volontés étrangères d’imposer leurs valeurs, résumant : « les armées de libération deviennent rapidement des armées d’occupation ». Gérard Araud se pose d’ailleurs la question : « pourquoi les Américains et l’Occident ont autant investi en Afghanistan, pourtant un enjeu périphérique ? » S’il s’agissait d’éliminer Al Qaida après les attentats du 11 septembre 2001, explique-t-il, « il n’y avait pas besoin d’envoyer 150 000 hommes ».

Béatrice Mouedine

Retrouvez l’invité de 8h15