Alfred Hitchcock doit tout, ou presque, à son épouse. Derrière le grand homme, cherchez la femme… Alma Reville est née à un jour d’intervalle avec celui dont elle allait devenir l’épouse, la collaboratrice, l’indispensable soutien.
Le 7 mars 1979, lors d’une prestigieuse soirée de l’American Film Institute, le maître du suspense rend hommage à « la monteuse, la scénariste, la mère de [sa] fille et la merveilleuse cuisinière » qui l’a accompagné toute sa vie : Alma Reville. Un aveu public et une dette immense envers celle qui a été son alliée artistique la plus fidèle, et souvent la plus décisive. Loin d’être uniquement son bras droit, elle a aussi su s’interposer face à son mari lorsque ce dernier se montrait odieux avec ses actrices, notamment Tippi Hedren. Voici cinq raisons pour lesquelles Alma Reville mérite autant la lumière que son mari.
Du British Film Industry à la Paramount Pictures, ses débuts dans les studios britanniques
Fille d’un employé de studio, Alma grandit dans les coulisses du cinéma et entre à 16 ans dans les salles de montage de Twickenham. A une époque où les femmes sont quasi absentes des équipes techniques, elle devient monteuse, assistante réalisatrice, scénariste, et parfois même actrice. Avant Alfred Hitchcock, elle est déjà quelqu’un dans le cinéma britannique.
Lorsqu’elle rencontre son futur mari en 1922, elle occupe un poste plus élevé que lui, ce qui impressionne le jeune « Hitch », encore inconnu et timide.
La première à comprendre le génie d’Alfred Hitchcock
C’est Alma qui, la première, repère les ambitions du jeune Alfred. Ensemble, ils étudient Murnau en Allemagne, apprennent à raconter en images, rêvent d’un cinéma nouveau… Leur collaboration devient rapidement une fusion créative. Le mariage, célébré en 1926, marque le début d’un partenariat artistique de plus d’un demi-siècle, où Alma devient la première lectrice, la première critique et souvent la première correctrice des scénarios de son mari.
Une visionnaire de Rebecca
Des 39 Marches à Une femme disparaît, d’A l’est de Shanghai à Rebecca, Alma est partout. Arrivés à Hollywood en 1939, le couple forme un duo redoutable. Alma travaille sur les scénarios, réécrit, affine les intrigues, aiguise les dialogues. Lorsque Selznick exige une adaptation littérale de Rebecca, c’est encore elle qui soutient Alfred et défend une adaptation libre, celle qui remportera l’Oscar.
L’œil aiguisé derrière les scènes cultes de Psychose
Dans les années 1950, Alma est au sommet de son influence. C’est elle qui imagine la poursuite en hélicoptère de La Main au collet. C’est elle qui note, dans Psychose, que Janet Leigh cligne des yeux dans la scène de la douche alors qu’elle devrait être inerte.
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C’est elle encore qui insiste pour tuer l’héroïne au bout de 30 minutes, et impose la musique stridente de Bernard Hermann. Autant de choix qui deviendront des marques absolues du cinéma hitchcockien.
Une relation fusionnelle, des associés remarquables et un couple inséparable
Discrète mais indispensable, Alma accompagne Alfred partout, gère ses doutes, calme ses colères, protège son travail, parfois même ses actrices. Quand un cancer la frappe en 1958, Alfred est anéanti. Lorsqu’elle décline dans les années 1970, il ne cesse de s’inquiéter pour elle. Leur fille Patricia résumera leur relation dans une image bouleversante : « ils étaient deux moitiés d’une même orange. » Alma s’éteint en 1982, deux ans après Alfred. Comme si leur histoire ne pouvait s’achever séparément.
Si Alfred Hitchcock était le maître du suspense, Alma était celle qui tirer les ficelles, la voix calme, précise et géniale qui, depuis l’ombre, a fait naître l’un des plus grands cinéastes du XXe siècle. Franck Ferrand vous raconte…
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