Australie : La Grande barrière de corail victime d’un phénomène de blanchissement

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Les autorités australiennes ont annoncé le 25 mars que la Grande barrière de corail est à nouveau victime d’un phénomène massif de blanchissement. De multiples récifs sont touchés à cause de l’augmentation de la température de l’eau.

Le blanchissement peut entraîner la mort de 40 à 50% des coraux dans les zones touchées

Le plus grand récif corallien au monde, 2 300 kilomètres de long, a souffert ces dernières semaines de températures océaniques supérieures à la moyenne. Ces températures trop élevées pour les coraux entraînent un stress thermique à l’origine du phénomène de blanchissement des coraux. Pascale Joannot, océanographe et spécialiste des récifs coralliens, alerte sur les conséquences du réchauffement climatique sur les fonds marins : « le corail est un animal qui vit en association avec des petites algues. Le réchauffement de l’eau entraîne un divorce entre les algues et le corail. Ils ne peuvent plus cohabiter à cause d’un environnement hostile à leur symbiose ». L’algue produit 80 à 90% de l’énergie du corail et lui donne ses fameuses couleurs vives. Lorsque l’algue se désolidarise du corail, il devient donc translucide. Pourtant le blanchissement ne correspond pas forcément à la mort du corail. Il peut, par exemple, se reconnecter à son algue si les conditions s’améliorent : « si la température de l’eau se stabilise pendant 1 mois ou 2 les coraux peuvent récupérer. À l’inverse, si le réchauffement est brutal et long, le corail blanchit et meurt. Cela n’est donc pas irréversible mais le mois d’avril sera primordial pour la préservation des coraux ».

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En effet, l’autorité en charge de la Grande barrière de corail estime que les conditions météorologiques des deux prochaines semaines seront cruciales. On remarque que certains évènements de blanchissement peuvent entraîner une mortalité de 40 à 50% des coraux dans les zones touchées. Serge Planes, directeur de recherche au CNRS dans un centre de recherche en Polynésie française, indique que ces phénomènes sont de plus en plus fréquents. La grande barrière subit ainsi en ce moment son 4ème blanchissement depuis 2016 : « jusqu’à présent et cela depuis la fin des années 90, les vagues de blanchissement se produisaient tous les 5 ou 10 ans. Dorénavant ces vagues sont trop récurrentes. Ces phénomènes ayant lieu tous les 1 ou 2 ans, les coraux n’ont plus le temps de se régénérer. On est clairement dans une décrépitude des récifs coralliens ».

« La recolonisation pourrait se faire à partir d’espèces plus résistantes »

Depuis 2008, 14% des coraux dans le monde sont morts. En février 2022, des chercheurs ont publié une étude dans laquelle ils estiment qu’en cas d’une augmentation de 1,5 degré des océans, 99% des coraux seront détruits. Pourtant si la Grande barrière de corail semble condamnée à court ou moyen terme, Serge Planes entrevoit une lueur de l’espoir : « l’équation n’est pas évidente car la dynamique des récifs coralliens peut changer. On espère que certains coraux vont s’acclimater à la hausse des températures. Ainsi la recolonisation se fera à partir d’espèces plus résistantes ». Les chercheurs ont ainsi remarqué que certaines espèces de corail, notamment en Asie, ont développé une résistance naturelle au réchauffement des océans. C’est donc un motif d’espoir pour ces écosystèmes qui abritent 25% de la biodiversité marine mondiale.

Baptiste Gaborit 

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