Vincent Bolloré et sa « vraie-fausse » retraite

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Pourquoi Vincent Bolloré fait-il ce 17 février, la une de tous les journaux, à commencer par celle des Echos ? Le groupe fête ses 200 ans, et Vincent Bolloré profite de l’évènement pour passer la main à ses enfants.

Le groupe Bolloré est à la tête de 24 milliards d’euros et emploie 80 000 personnes dans le monde

La première raison est donc que le groupe créé par la famille Bolloré en Bretagne fête aujourd’hui ses 200 ans. En France, il n’y a pas beaucoup de groupes bicentenaires. Et des groupes aussi anciens qui ont su se réinventer pour rester pertinents, il y en a encore moins. L’événement va être fêté discrètement aujourd’hui à Ergué-Gabéric juste à côté de Quimper. En 40 ans, Vincent Bolloré, qui avait repris un groupe familial fabricant du papier à cigarette – le fameux OCB -, et du papier bible, a réussi à le sauver et à le développer, alors qu’il était en faillite. En 1982, le groupe Bolloré réalisait 20 millions d’euros de chiffre d’affaires et était relativement « mono-activité ». Aujourd’hui, c’est un groupe de 24 milliards d’euros, avec 80 000 employés dans le monde.

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Ce groupe fait de la logistique, gère des ports et des entrepôts, fait des batteries pour les bus électriques, est l’actionnaire de Vivendi qui contrôle Canal+, Havas, la chaîne CNews ou des tas de maisons d’édition. C’est un conglomérat diversifié qui va sans doute racheter le groupe Lagardère, qui est aussi actionnaire d’Universal, le numéro un mondial de la musique et de Telecom Italia, l’opérateur historique transalpin. C’est donc un géant qui s’est construit en multipliant des acquisitions plus ou moins hostiles, des batailles capitalistiques très intenses, des coups financiers et industriels. Et tout ça c’est l’œuvre de ce Breton charmeur et déterminé. L’autre raison pour laquelle il fait la une des journaux, est que Vincent Bolloré disait depuis des années qu’il profiterait de cet anniversaire et de ses 70 ans qui approchent, pour passer la main à ses enfants.

Vincent Bolloré conserve la présidence de la Financière de l’Odet

En fait, c’est un vrai faux-départ pour lui. Il va abandonner le bureau qu’il avait encore chez Vivendi et a nommé un de ses fils, Cyrille, à la tête du groupe Bolloré qui gère les activités industrielles et de logistiques et les participations. Son fils Yannick dirige quant à lui Havas et préside Vivendi. Vincent Bolloré a réparti les rôles, il a passé une partie des commandes, il a transmis l’essentiel de son héritage mais – et il y a un « mais » important – il conserve la présidence de la Financière de l’Odet. Et ça, c’est sa holding personnelle qui contrôle en fait tout le reste par cascade. Il va prendre du recul, il va passer les manettes opérationnelles mais il reste à la tête de la tour de contrôle. Rien d’important ne sera décidé sans lui.

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Quand on gère un groupe de 24 milliards d’euros, il y a toujours des choses à faire. Mais là, en plus, il y a de vraies urgences. Il faut réussir l’OPA qui a été lancée sur Lagardère et il faudra ensuite en gérer les conséquences, comme négocier la fusion totale ou partielle des maisons d’édition d’Editis et d’Hachette. Il faudra aussi peut-être lancer une OPA sur Vivendi pour que le groupe Bolloré en prenne totalement le contrôle et retire cet actif de la bourse. Le groupe est aussi en train de négocier la vente pour plus de 5 milliards de ses ports en Afrique. Il reste un dossier politiquement compliqué à gérer avec Telecom Italia. Et Canal+ va peut-être faire le pari d’une grosse opération de croissance externe hors de France. La liste des chantiers est longue et une partie des décisions qui seront prises dans les mois qui viennent seront très structurantes. Ce n’est qu’après que Vincent Bolloré pourra commencer à songer à sa retraite. Mais connaissant le personnage, cela sera forcément une recette très active.

David Barroux

 

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