Renault : En quittant la Russie, le constructeur a-t-il vraiment cédé à la pression ?

Renault va progressivement quitter la Russie et c’est une très mauvaise nouvelle pour le groupe automobile. La Russie était devenue son deuxième marché, Renault y vend près d’1 voiture sur 5. En effet, il est propriétaire depuis 15 ans de la marque Lada, qui reste la première marque de l’ex-empire soviétique.

Voitures électriques : Tesla a donné un coup de vieux à Renault

Après des années d’efforts, Renault avait réussi à redresser Lada et à rendre l’affaire très profitable. La marque permettait de vendre plus de voitures, donc de générer des économies d’échelles, d’être plus compétitif. Et c’était très important pour la marque Dacia du groupe Renault. Sans la Russie, Renault devient un constructeur pratiquement totalement dépendant du marché européen traditionnel. Le constructeur manque cruellement de diversité géographique. Mais il ne faut pas enterrer Renault, il a deux atouts sur le marché européen. Il a investi depuis plus de dix ans dans la voiture électrique, même si Tesla lui a un peu donné un coup de vieux mais il arrive avec une nouvelle offre. L’autre carte de Renault c’est Dacia, les voitures avec le meilleur rapport qualité-prix. Là, il y a de la croissance et de la rentabilité. Enfin, même si les relations restent fraîches avec ses partenaires japonais Nissan et Mitsubishi, cela va incontestablement mieux et être actionnaire de ces groupes qui vont bien, cela va rapporter de l’argent et générer des synergies.

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Renault emploie 45 000 personnes en Russie

Si Renault est prêt à quitter la Russie, ce n’est pas tellement dû à la pression de l’opinion publique ou du président ukrainien Zelensky. Le problème à court terme c’est que le pays est tellement coupé du reste du monde que les usines sont à l’arrêt. Et payer 45 000 personnes quand on ne vend plus une voiture ce n’est pas tenable très longtemps. On se vide vite de son cash. A plus long terme, le problème est que la Russie de Poutine est devenue trop imprévisible, il est donc difficile de se dire que l’on va investir massivement dans ce pays. Et sans investissement, une entreprise finit par se rabougrir. Il vaut donc peut-être mieux accepter de se couper un bras tout de suite. Mais le drame, pas humain mais économique, c’est que Renault va sans doute devoir vendre dans quelques mois pour une bouchée de pain un bel actif qu’un concurrent peut-être chinois pourra racheter. Et si un jour les sanctions sont levées, ce chinois-là vendra des voitures aux Russes mais il exportera aussi. On aura armé un concurrent et à ce moment on pourra se dire que le vrai « profiteur de guerre » ce n’était peut-être pas ceux qu’on accuse aujourd’hui.

David Barroux

 

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