Guerre en Ukraine : Quitter la Russie n’est pas simple pour les entreprises françaises

Un mois tout juste après le début de la guerre en Ukraine, la pression s’accroît sur les entreprises encore présentes en Russie afin qu’elles quittent le pays.

Zelensky : « Les entreprises françaises doivent cesser d’être les sponsors de la machine de guerre russe »

Sur les quelques 400 entreprises occidentales présentes en Russie, moins d’une trentaine sont encore vraiment actives. Le 23 mars, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, s’exprimait devant les parlementaires français et son discours fut sans demi-mesure : « les entreprises françaises doivent quitter le marché russe. Renault, Auchan, Leroy Merlin et autres doivent cesser d’être les sponsors de la machine de guerre russe », a-t-il accusé, avant d’ajouter : « tout le monde doit se rappeler que les valeurs valent plus que les bénéfices ». Il accuse et pointe du doigt ceux qui font encore des affaires en Russie. Selon lui, ces entreprises seraient devenues immorales car le commerce sur place contribuerait à remplir les caisses de Vladimir Poutine.

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Pour autant, est-ce que le président ukrainien a raison de s’en prendre ainsi aux entreprises encore présentes en Russie ? Il semble difficile de critiquer un président lorsqu’il dirige un pays qu’on assassine. Pourtant on se doit de ne pas mettre toutes les entreprises dans le même panier. En effet, quitter la Russie, pour certains est plus compliqué ou coûteux que pour d’autres. On peut déjà isoler les entreprises qui remplissent effectivement les caisses de l’Etat russe parce qu’elles achètent du gaz et du pétrole. C’est pour cela que certains accusent TotalEnergies et d’autres de financer la guerre. À l’inverse, d’autres entreprises en Russie ne font que vendre sur place. Si l’Etat russe collecte la TVA sur ces achats, cela ne fait pas obligatoirement d’eux des complices de Poutine.

 

Les citoyens et les consommateurs sont tout aussi responsables que les entreprises

À la lumière de ces informations, il semble malgré tout ne pas exister de solutions miracles. Apple ne peut plus livrer des iPhones à Moscou, il est donc facile pour l’Américain d’annoncer son retrait. Si l’on demandait à Danone d’arrêter de vendre du lait infantile ou à Auchan de fermer ses supermarchés cela entraînerait forcements des victimes collatérales en Russie. Pour une entreprise française comme Renault, qui vient d’annoncer l’arrêt de ses activités – sous la marque Renault – sur place, ce sera difficile et onéreux .

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Pourtant sous la marque Lada Avtovaz, Renault fait vivre indirectement plus de 500 000 personnes, contrôle un quart du marché automobile russe et a investi deux milliards d’euros qui commençaient tout juste à rapporter de l’argent à la firme. Si le groupe français étudie les stratégies afin de quitter le pays, il lui est plus difficile de claquer la porte que pour un groupe qui n’a pas d’actifs en Russie. Quant à TotalEnergies, on peut l’accuser de tous les maux mais pour l’instant l’Europe n’a pas décidé d’un embargo et les Français n’ont pas arrêté de faire le plein à la pompe. Le fournisseur d’électricité français ne va sûrement pas renouveler ses contrats et arrêtera d’investir afin de se laisser diluer progressivement. Il nous faut alors faire preuve de lucidité et de franchise, la responsabilité est partagée entre les Etats, les entreprises et les citoyens consommateurs.

David Barroux

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