Anna Netrebko, on ne l’aime pas, on l’adore. Sa féminité éclatante, son timbre d’un fruité sans pareil, son rayonnement scénique, son charisme naturel : tout cela nous la rend indispensable. Ce récital Verdi, 2013 oblige, propose un nombre limité de personnages, souvent représentés par plusieurs airs. Il s’agit de Lady Macbeth, Elena, Elisabeth de Valois, Jeanne d’Arc et Leonora du Trouvère. Autrement dit, des personnages à la vocalité extrêmement différente et aux caractères même fort distincts. Difficile même pour une aussi grande artiste d’être convaincante en tout. Ainsi, on trouvera Jeanne d’Arc un peu trop platement lyrique pour elle, et Elena assez peu consistante, quoique fort bien exécutée (en scène, elle ferait un malheur). Nettement plus passionnants sont les rôles où s’affirme une noirceur, un versant nocturne. C’est le cas d’une Leonora vibrante et sensuelle. D’autres sopranos – Caballé, Price – nous ont accoutumés à des envols plus subtils, mais cette Léonore de chair et de sang séduit d’emblée. Il est certain qu’à ce stade de sa carrière, le grand rôle verdien d’Anna Netrebko est Elisabeth de Valois. Elle en possède tous les atouts vocaux.
Son interprétation de " Tu che la vanità " atteste un grain idéal, à la fois sombre et substantiel, et ce grave sonore indispensable au rôle. Elle en a, surtout, la féminité blessée. Ce sont les larges extraits de Macbeth qui retiennent l’attention. La soprano austro-russe y déploie un mordant, quelque chose de vénéneux dans les couleurs et la diction, qui sont le personnage même. Oui, il lui faut désormais des emplois hors-format pour autant qu’elle ne s’y brûle pas.
Anna Netrebko
(soprano)
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Airs de Verdi
Teatro Regio di Torino, dir. Gianandrea Noseda
DG 4791052 (Universal). 2012. 57′ Nouveauté
Verdi par Anna Netrebko
Radio Classique