UNE MUSIQUE CAMÉLÉON SORT DE L’OMBRE

Voici une anthologie de référence des sonates de Galina Oustvolskaïa, musique terrible et sereine, expressive et d'une profondeur infinie.

Figure solitaire et résolument marginale de la Russie du XXe siècle, Galina Oustvolskaïa fut l’une des rares élèves de Dimitri Chostakovitch ­ " Ce n’est pas toi qui es influencée par moi : au contraire, c’est moi qui le suis par toi " ­, dont l’écriture se caractérise par un rythme à la fois solennel et obsessionnel, secoué de grands écarts dynamiques et développant des coloris d’une grande crudité. À la suite d’Oleg Malov (Melodiya, Megadisc), Markus Hinterhäuser fut l’un des premiers Européens à jouer et enregistrer les six Sonates pour piano (Col Legno). Aussi, le retrouve-t-on ici avec plaisir dans ce programme de musique de chambre, rejoint par le violon expert et juvénile de Patricia Kopatchinskaya, dont c’est la première incursion dans l’univers de la compositrice russe. L’alternance de dialogues mécaniques et lyriques de la Sonate de 1952 leur convenant particulièrement bien, on apprécie autant la finesse de leur jeu que la subtilité renouvelée du coloris. Plus mystérieuse que la version de référence (De Leeuw, Beths et De Boer/hat ART), l’interprétation du Trio de 1949 se révèle à la fois plus intense que celle du Barton Workshop (Etcetera), et d’une profondeur infinie, qui dépasse celle, pourtant bien expressive déjà, des Solistes de SaintPétersbourg (Megadisc). Là encore, le violon arlequin de Patricia Kopatchinskaya fait des merveilles, à parts égales avec la clarinette de Reto Bieri. Une éloquence qui touche au sublime dans le Duo de 1964 où, en totale osmose avec le piano de Markus Hinterhäuser, elle transcende ce chant terrible et serein pour en faire une Musique pour caméléons, titre du recueil de nouvelles de Truman Capote.