Schumann par Joaquin Achucarro

« La Dolce Volta » a eu la bonne idée de rééditer un récital Schumann d’une étonnante probité par Joaquín Achucarro, tellement humain.

Oui, il s’agit bien d’une réédition, et non, nous ne vous conseillerons pas de jeter vos enregistrements de la Fantaisie par Richter (EMI) et Uchida (Decca) ou de Kreisleriana par Horowitz (Sony) ou Argerich (DG). C’est pourtant bien un " Choc " que nous attribuons sans hésitation à ce disque. On redécouvre en ­effet – la première publication, sous label Ensayo, était passée plutôt inaperçue – une interprétation d’une étonnante probité schumannienne, attentive aux petites inflexions de l’articulation qui sont autant d’incessants égarements, con­centrée sur les lignes plutôt que sur les masses, avec une sonorité dont le centre de gravité est clairement situé dans le médium. Bref, une voix, ou ­plutôt des voix qui se poursuivent et s’esquivent plutôt que l’héroïque déploiement d’un piano virtuose, si difficilement malléable et si peu fait pour donner vie aux aveux intimes et aux élans brisés de Schumann.
Peu virtuose, et en rien séducteur, le Schumann d’Achúcarro l’est au point que les doigts eux-mêmes peinent dans les déferlements. Si l’on parvient pourtant à suivre comme en un récit les cris d’amour et les rêveries infinies de la Fantaisie, les créatures fantasques de Kreisleriana, c’est par la grâce d’une prise de son, superbement remastérisée pour cette réédition, qui semble réalisée à hauteur d’homme, claire, limpide et pourtant charnue et même sensuelle, une voix elle aussi bien plus qu’une image. Parmi tant d’enregistre­ments captés en quelques heures et disparus des catalogues en quelques semaines, c’est aussi cette ­exception qu’on a voulu saluer, cet accord secret entre l’interprète et la réalisation discographique, ce regard ­affectueux posé par la prise de son sur le pianiste, reflet idéal de celui que pose ici Joaquín Achúcarro sur la musique de Schumann : un vrai disque.
Robert Schumann
(1810-1856)
CHOC
Fantaisie en ut. Kreisleriana
Joaquín Achúcarro (piano)
La Dolce Volta LDV10(Harmonia Mundi). 2003. 71′ Réédition