La philosophe Simone Weil meurt en 1943, à trente-quatre ans ; " l’âge du Christ, ou presque, Celui que tu as voulu imiter ", dit le livret écrit par Amin Maalouf, sur lequel la compositrice finlandaise Kaiija Saariaho a conçu La Passion de Simone, Chemin musical en quinze stations (2006), pour soprano solo, chœur, orchestre et électronique. C’est sur le destin sacrificiel de Simone Weil qu’insiste le livret : l’engagement auprès des frères humains, les ouvriers, le renoncement à soi-même (" Incapable de gémir si la victime était toi ") jusqu’à la mort par refus de s’alimenter (" Parce que les enfants de France/Étaient privés de lait "). Mais le livret dit aussi : " Deux forces règnent/ Sur l’Univers… lumière et pesanteur… ". Car Weil, explique Martin Steffens, vivait l’abîme existant entre le monde livré à la force et sa beauté (" Combien de fois la clarté des étoiles… le silence de l’heure qui précède l’aube viennent-ils vainement se proposer à l’attention des hommes ? ", questionne la philosophe).
La musique de Saariaho semble elle aussi conjuguer grâce et enracinement. La clarté des étoiles qu’évoque Weil se répandrait à la faveur d’un orchestre scintillant, d’un assez rare raffinement, pas étranger peut-être à celui de la compositrice coréenne Unsuk Chin. La pesanteur, la douleur seraient plutôt l’apanage du langage harmonique, très dissonant, sans être pour autant agressif, tandis que la soprano solo ondule beaucoup, mais toujours avec élégance. Cet oratorio qui s’achève dans le dénuement, illustre le style de la compositrice, force et délicatesse, que la soprano Dawn Upshaw et le chef d’orchestre Esa-Pekka Salonen à la tête du chœur Tapiola et de l’Orchestre symphonique de la Radio Finlandaise distillent magnifiquement.
Kaija Saariaho
(né en 1952)
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La Passion de Simone
Dawn Upshaw (soprano), Finnish Radio Symphony Orchestra, Tapiola Chamber Choir, dir. Esa-Pekka Salonen
Ondine ODE12175 (Abeille). 2012. 66′ Nouveauté 1re
Saariaho par Esa-Pekka Salonen
Radio Classique