Le second opéra de Respighi a attendu sa création près de 90 ans (à Rome) en 2005. Cette partition en quatre actes luxuriante et généreuse s’inscrit dans la filiation directe du grand opéra historique de Meyerbeer, avec une abondance de scènes et d’éléments décoratifs. Le contexte historique (la Révolution française) se double d’une intrigue amoureuse dans une atmosphère d’horreur sur l’excellent texte de Guiraud. Réglant ses comptes à une mythologie supposée fallacieuse, ces années sanglantes sont évoquées avec leur cortège de vies, d’amours et d’existences irrémédiablement brisés.
Comme Cyrano d’Alfano, l’œuvre est chantée en français. Respighi était déjà en pleine possession de son style, dont l’opulence et la rutilance font merveille aussi bien dans les scènes de foule que dans les tribulations de l’héroïne partagée entre son mari et l’amant occasionnel d’une nuit " en attendant l’échafaud. ". En cela, cet opéra occupe une position originale, à la fois vériste, symboliste et décadent. Le clavecin et les citations (classicisme " galant ", chansons de l’ancien Régime ou du nouveau) ajoutent une note néoclassique préfigurant les recherches archaïsantes futures de l’auteur, tandis que les somptueuses diaprures de l’orchestre postromantique retiennent les leçons de Strauss et de Rimski. Takesha Meshé Kizart possède le timbre sensuel et la conviction communicative qui lui permettent d’assumer le rôle-titre, héroïque et lourd de contradictions. Les cordes ont des couleurs chaudes et veloutées idéales pour arrondir les voluptueuses courbes mélodiques art nouveau. L’auditeur reste captivé, le cœur battant, par le destin pathétique et les amours contrariés des victimes de la Révolution.
Ottorino Respighi
(1879-1936)
CHOC
Marie Victoire
Takesha Meshe Kizart (Marie de Lanjallay), Markus Brück (Maurice de Lanjallay), German Villar (Clarivière), Simon Pauly (Simon), etc. Chœur et Orchestre du Deutsche Oper Berlin, dir. Michail Jurowski
CPO 3 CD 7771212 (Codæx). 2009. 2 h 44′ Nouveauté
Respighi par Vladimir Jurowski
Radio Classique
L’opéra de Respighi, « Marie Victoire » évoque sans complaisance les années sanglantes de la révolution française.