Avec ses seize quatuors, plus l’ultime Grande Fugue, Beethoven marqua de son sceau cette forme exigeante à laquelle il se consacra des dernières années du XVIIIe siècle à la fin de sa vie. Les écouter un à un, c’est suivre pas à pas l’évolution de son style, marqué par un langage visionnaire et de plus en plus complexe.
« Bienheureux celui qui, ayant appris à triompher de toutes les passions, met son énergie dans l’accomplissement des tâches qu’impose la vie sans s’inquiéter du résultat. Le but de ton effort doit être l’action et non ce qu’elle donnera. Ne sois pas de ceux qui, pour agir, ont besoin de ce stimulant : l’espoir de la récompense ». Ces phrases que Beethoven note pour lui-même dans ses Carnets intimes pourraient s’appliquer au travail que présente ici le Quatuor Ysaÿe, pris en tant qu’entité unie, un « bienheureux » collectif.
L’intégralité des Quatuors à cordes enregistrés en concert
Car si les quatre musiciens savent emprunter 1 000 voix dans ce jardin aux sentiers qui bifurquent, à mesure que Beethoven l’érige en un ineffable monument, ils peuvent aussi respirer comme un seul, offrant de façon visible le mystère d’une unité jamais atteinte dans une autre combinaison instrumentale.
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Enregistrée en public à l’Auditorium du Musée d’Orsay en 2008, cette intégrale paraît aujourd’hui sous étiquette la Dolce Volta à l’initiative de l’altiste Miguel da Silva. Rares sont les ensembles français, depuis la Quatuor Pascal (1952) et le Quatuor Ebène (2020, également live) à s’être lancés dans l’aventure. Leur approche se distingue par leur lisibilité (Op. 18), leur implication (quatuors médians) et leurs temps suspendus (derniers quatuors).
Jérémie Bigorie
Ludwig van Beethoven : Intégrale des Quatuors à cordes. Quatuor Ysaÿe (7 CD La Dolce Volta)
Décernés chaque semaine, les Trophées Radio Classique priment un nouvel album, mis à l’honneur notamment dans l’émission « Tous Classiques » de Christian Morin.
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