À la découverte d’Alizé Léhon, la jeune cheffe d’orchestre française récompensée au concours La Maestra

Crédit : Pauline Cluzeau/Philarmonie de Paris

Sensible, curieuse de tous les répertoires, Alizé Léhon, troisième prix du concours international La Maestra remporté cette année par Mojca Lavrenčič (Slovénie), est une jeune cheffe d’orchestre engagée, bientôt récompensée aux Victoires de la musique classique.

« C’est une belle reconnaissance de mon parcours, de ma formation » et « un encouragement aussi » pour la suite, l’artiste de 27 ans, arrivée 3e samedi à La Maestra, le grand concours international auquel ont postulé 225 candidates et qui a pour objectif d’aider à la féminisation des pupitres dans un univers encore loin de la parité.

Ce prix lui offre un accompagnement professionnel pendant deux ans, détaille-t-elle: poste de cheffe assistante lors de concerts avec des orchestres prestigieux, contacts professionnels, masterclass, aide à un enregistrement… Alizé Léhon est aussi nommée parmi les « révélations » des Victoires de la musique classique qui récompenseront le 20 mars à Brest musiciens, chanteurs lyriques et maestros, en devenir ou déjà accomplis. Sans concurrent dans cette catégorie, elle est assurée d’obtenir un trophée.

Claire Gibault : «Avec l’expérience et les années, je suis sûre qu’elle va éclore»

Née à La Ciotat (13) dans une famille non musicienne, Alizé Léhon, qui a joué du violon à l’âge de 3 ans puis du piano à 9 ans, s’est formée au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP), dans la classe du chef d’orchestre Alain Altinoglu, après de premiers cours de direction au Conservatoire de Montpellier. Elle apprécie particulièrement le compositeur Igor Stravinsky et « la musique française de Poulenc, Ravel, Debussy, Fauré« , mais est curieuse de tous les répertoires.

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La jeune cheffe d’orchestre a ainsi dirigé les spectacles Aznavour Symphonique, Piaf symphonique et sera à la baguette, l’hiver prochain, pour une partie des représentations des Misérables au Théâtre du Châtelet à Paris. Avec un jeu calme, sans geste ostentatoire, elle défend une direction d’orchestre horizontale, « collaborative et respectueuse, au service des musiciens« . La cheffe Claire Gibault, co-fondatrice et co-directrice de La Maestra, loue sa « sensibilité, son humilité, la finesse de sa personnalité. Avec l’expérience et les années, je suis sûre qu’elle va éclore. Elle sera très émouvant« .

Très sensible à l’introduction de la musique en milieu carcéral

Artiste engagée, Alizé Léhon a consacré son mémoire de master à la musique en milieu carcéral. En janvier 2025, elle fait entrer un orchestre amateur de 30 musiciens à la prison de la Santé de Paris, « une sacrée aventure ». Les détenus, « c’est un public empêché dont on parle très peu et c’est un milieu qui fait moins l’objet d’actions culturelles musicales que les Ehpad, les hôpitaux psychiatriques ou les écoles », constate la musicienne, soucieuse de partager des valeurs comme « l’écoute », « le respect » et le fait d’« être ensemble ».

La jeune maestra termine par ailleurs un mandat de trois ans à la tête de l’orchestre Démos de Metz, un programme qui permet aux enfants de quartiers prioritaires de jouer en orchestre. Ensuite, celle qui est actuellement cheffe assistante de l’Orchestre national d’Île-de-France pour deux saisons sera aussi l’an prochain directrice musicale de l’académie d’orchestres ADO de l’Opéra de Paris, tout en poursuivant ses collaborations en tant que cheffe invitée, avec des maisons d’opéra françaises ou encore en Suisse.

Philippe Gault (avec AFP)

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