" Con te partiro " présente un quasi-recitativo accompagnato inséré entre les reprises du refrain censément sentimental. Andrea Bocelli surclasse Calleja dans la partie récitative, mais le ténor maltais s’impose dans la ligne vocale, indéniablement. " No puede ser " fait valoir une approche enjôleuse à laquelle fait défaut le mordant hispanique des meilleurs machos. " La Vie en rose ", féminisant prudemment le texte (" Quand elle me prend dans ses bras ") aux dépens d’une lecture plus gay friendly est handicapée par une diction fautive, mais la conduite du souffle est d’une belle maîtrise… mais à quoi bon mobiliser les poncifs de la critique d’opéra pour décrire un récital de bric et de broc où " O Sole mio " côtoie Caruso à défaut de " Funiculi " et de " Tiens voilà du boudin " ?
Après avoir longtemps tâtonné, Decca a enfin trouvé, selon moi, le juste emploi grand public de Calleja : chanteur de charme tout terrain. L’artiste vaut mieux, mais la foule n’en a cure et réclame des roucoulades. Les voici. On les préfère aux vaines imitations de Mario Lanza. Voici donc Calleja promu Bocelli-bis. C’est bien. Le filon devrait prospérer : il nous manque justement un album " Dolore : Calleja sings Julio Iglesias ". Cela s’absorbe assez volontiers, surtout avec une bonne dose de mélasse orchestrale (Steven Mercurio forever). Cela ne nourrit pas beaucoup, mais cela sustentera les petits appétits qui chipotent leur grand répertoire. Gare toutefois aux effets secondaires (nausées, vomissements). Pour estomacs solides ou sonotones en panne.
Joseph Calleja (ténor)
"Amore"
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BBC Concert Orchestra, dir. Steven Mercurio
Decca 4785340 (Universal). 2013. 62′ Nouveauté
Récital « Amore » de Joseph Calleja
Radio Classique