Philippe Jordan : « A Paris, j’ai trouvé l’orchestre idéal »

Directeur musical de l’Opéra de Paris depuis 2009, très aimé des musiciens et du public, Philippe Jordan dirige en juin le cycle complet de la "Tétralogie" de Wagner. Il revient sur ses quatre premières années à l’Opéra et parle de l’avenir.

Une pièce spacieuse aux tons clairs, dans les étages élevés de l’Opéra Bastille. Au milieu, un piano, et derrière les baies vitrées, une vue époustouflante sur Paris : c’est là que le directeur musical de l’Opé­ra de Paris travaille, planifie, ordonne, lorsqu’il ne répète pas avec son orchestre ou n’arpente pas les couloirs de la maison… Posé, souriant, un calme olympien derrière le regard aiguisé, il dirigera tout à l’heure la première répétition du Crépuscule des dieux de Wagner.
Vous arrive-t-il encore de vous mettre au piano ?
Oui, tant pour moi personnellement que pour répéter avec les chanteurs. C’est important d’établir un rapport personnel avec eux. Même s’ils ont travaillé avec des chefs de chant, une fois qu’on a dépassé les répétitions scéniques et d’orchestre, ce travail intime permet, quelques jours avant la générale, de régler ou de corriger certains détails, techniques ou linguistiques, de fouiller l’interprétation. Établir ce contact facilitera aussi la prise de risque : le chanteur osera des choses que le déroulement implacable du planning de répétitions ne permet pas forcément.
Ces réglages peuvent-ils survenir une fois la première passée ?
Oui, lorsque certaines options retenues ne se développent pas comme prévu ou que de mauvais automatismes s’installent durant le spectacle. Deux ou trois jours après la représentation, lorsque la pression de la première est retombée, on répète une heure en tête-à-tête : c’est important qu’un chanteur puisse être face au chef au piano.
Comme beaucoup de chefs, c’est par le piano que vous êtes venu à la musique. Quels sont vos premiers souvenirs ?
J’ai commencé vers six ans, sur la volonté de ma mère. Mon père Armin s’en moquait un peu, c’est ma mère qui a insisté. Tout s’est fait très doucement.
Vous deviez tout de même être très doué ?
Disons qu’on a vite remarqué que j’avais une oreille. Mais je n’ai pas travaillé d’emblée d’arrache-pied. Mes parents me disaient : " Si tu travailles dix minutes par jour, on sera contents. " Vers neuf, dix ans, quand j’ai assisté aux répétitions de mon père et entendu ce qu’il faisait avec un orchestre – à l’opéra notamment -, j’ai alors commencé à l’exprimer moi-même sur le piano. J’ai déniché dans sa bibliothèque ses partitions piano-chant de La Flûte enchantée, de La Walkyrie, et j’ai essayé de les jouer.
Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le Classica n°153 de juin 2013