Nathalie Stutzmann, directrice musicale de l’Atlanta Symphony Orchestra et cheffe principale invitée du Philadelphia Orchestra était l’invitée de David Abiker dans la matinale de ce vendredi. La cheffe d’orchestre et contralto publie son premier album à la tête de l’Orchestre Symphonique d’Atlanta : la Symphonie n°9 du Nouveau Monde de Dvorak chez Warner Music/ Erato.
Nathalie Stutzmann, vous faites ce mois-ci la une du magazine anglais Gramophone, qui explique que vous ouvrez une nouvelle ère à la direction de l’Orchestre d’Atlanta avec ce disque, la Symphonie du Nouveau monde. Pourquoi avoir choisi cette oeuvre ? C’est symbolique ?
Oui, l’Amérique m’a ouvert ses portes en premier pour un poste très important. C’est aussi un clin d’œil à l’histoire de Dvorak, lui-même immigré aux Etats-Unis, nommé directeur du conservatoire de New York. Il avait écrit cette symphonie et cette suite américaine pendant son séjour dans ce pays. Il est parti de l’émerveillement et de la découverte de l’Amérique, en y mêlant le folklore tchèque. Il a apporté sa culture européenne et bohémienne. C’est une musique qui me semblait tout à fait appropriée pour ce premier disque avec l’Orchestre d’Atlanta.
Les Etats-Unis sont le pays du travail-roi, de la motivation. Qu’avez vous ressenti en découvrant ces musiciens marqués par la culture américaine ?
La difficulté parfois pour un musicien européen est de garder son esprit d’improvisation. Je pense qu’il est très important de garder cette fantaisie. On doit planifier en musique, mais on ne peut pas tout planifier. Or les Américains sont stressés par ces journées où l’emploi du temps n’est pas défini heure par heure, ça peut les mettre dans état de panique absolue.
Un orchestre symphonique, « une vraie famille musicale »
Qu’est-ce que cela change pour vous d’être associée pour une période définie avec un orchestre ?
C’est quelque chose que j’aime beaucoup, parce que c’est le seul moyen pour un chef de faire un travail en profondeur. En tant que chef invité, on passe deux jours [avec l’orchestre], c’est un peu comme une masterclass. Sur la durée, on devient une vraie famille musicale. On connaît un peu mieux les musiciens, on saura mieux comment les approcher.
Quel rapport ont les Américains avec leurs orchestres ?
Un orchestre symphonique dans une ville américaine importante, comme Atlanta, est vraiment intégré à la vie de la ville. C’est presque comme une équipe de football, de baseball. C’est une fierté [pour les habitants].
Ce que j’aime beaucoup à Atlanta, c’est que le public est très instinctif. Peu importe la notoriété des artistes, si les spectateurs s’ennuient, ils applaudissent à peine, s’en vont et ne demandent pas de bis pour les solistes. Si c’est beau, même si les musiciens sont inconnus pour eux, ils leur feront un triomphe, et ça, c’est merveilleux.
« J’espère qu’on arrivera à un moment où le genre n’a aucune importance »
Avant la direction d’orchestre, vous êtes passée par l’art lyrique. C’est un aboutissement ?
C’est l’épanouissement absolu ! C’est l’apothéose d’une vie en musique, parce qu’au lieu d’avoir une voix, j’en ai 100, j’en ai même 300 quand il y a un chœur ou un plateau de chanteur. Diriger toutes les œuvres qu’on aime ouvre un univers, parce que le répertoire est sublime et infini et qu’une vie n’y suffirait pas. Ce sont les portes du paradis qui s’ouvrent.
Vous avez été la première Française à diriger l’orchestre du Metropolitan à New York. Et ce qu’on peut dire aujourd’hui que les cheffes d’orchestre ont pris toute leur place ?
La présence des femmes, leur visibilité est devenue courante au niveau des postes de direction, mais c’est toujours extrêmement rare. J’espère qu’on arrivera à un moment où le genre n’a aucune importance mais juste la qualité.
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Vous avez révélé en interview avoir dû passer par quelques humiliations…
Oui, beaucoup. [J’ai fait face à] des musiciens insolents, désagréables, qui vous traitent d’une manière inacceptable, parce qu’on est une femme ou pour une raison particulière et personnelle. C’est insupportable à partir du moment où on a bien fait son travail. Ce qui compte, c’est la qualité artistique du chef d’orchestre.
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