Mikko Franck, nouveau patron de l’Orchestre philharmonique de Radio France

Entretien exclusif avec Franck Mallet pour le n° 162 de Classica de Mikko Franck, qui succède dès la saison prochaine à Myung-Whun Chung à la tête de l'Orchestre philharmonique de Radio France.

Il vient de fêter ses trente-cinq ans et succède dès la saison prochaine à Myung-Whun Chung à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France. Rencontre avec un chef prodige.

Si la jeunesse n’a jamais été une vertu, en revanche, pour le chef d’orchestre Mikko Franck, elle aura été le signe d’une grâce exceptionnelle qui l’a porté à vingt-cinq ans à la direction du très réputé Opéra national finlandais à Helsinki – sa ville natale. Un coup d’éclat qui rappelle celui du jeune Simon Rattle qui, au même âge, arriva à la tête de l’Orchestre de Birmingham en 1980. Il se passe quelque chose du côté des chefs, qu’on se le dise… Nés dans les années 1970, ils ont aujourd’hui passé la trentaine et, entre Mikko Franck au Philharmonique de Radio France, Philippe Jordan à l’Opéra de Paris, Vladimir Jurowski à l’Orchestre philharmonique de Londres (après le Festival de Glyndebourne), Tugan Sokhiev au Capitole de Toulouse, Kirill Karabits au Symphonique de Bournemouth et Kirill Petrenko à l’Opéra de Munich, ce sont eux qui désormais raflent la mise !
Alors qu’il avait dix-huit ans, un critique compara Mikko Franck à un enfant qui dirigeait un orchestre avec déjà tout le talent d’Esa-Pekka Salonen, son compatriote, et l’un des musiciens de l’Orchestre de la Radio suédoise racontait à ce même critique : « Il dirige Tchaïkovski comme un vieux maître. » Tout d’abord violoniste dès l’âge de cinq ans, il est entré à l’Académie Sibelius, puis à l’occasion de ses seize ans, on lui a offert l’opportunité de diriger l’orchestre des élèves. Le pédagogue Jorma Panula l’a aussitôt repéré, et c’est lui qui a demandé au jeune garçon de devenir son élève, à la suite de Salonen, Sakari Oramo, Osmo Vänskä, Jukka-Pekka Saraste. À vingt-trois ans, sans avoir obtenu de diplôme, il dirigeait déjà les principaux orchestres scandinaves, sans compter des invitations reçues du monde entier, de Rome, Paris, New York, Chicago, Los Angeles, Berlin, Munich ou Londres. Sourire angélique, yeux d’un bleu profond à l’image des lacs de Finlande, Mikko Franck est un homme heureux et décontracté, au naturel éminemment séducteur, avec toujours ce visage d’enfant gourmand.
Quelles vont être vos orientations à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France ?
Dans un premier temps, faire de la bonne musique !… [Rires.] Je connais l’orchestre depuis maintenant dix ans. Il possède un ample répertoire, en particulier celui de la musique contemporaine, et connaît en outre parfaitement ses classiques. Il est malléable et capable de multiples acrobaties. Les musiciens sont motivés et compétents, et n’hésitent pas à donner le maximum. La situation est idéale pour moi, d’autant plus que nous préparons l’ouverture du nouveau Grand Auditorium de Radio France – une opportunité supplémentaire qui s’ajoute au plaisir d’arriver à la direction de ce fantastique orchestre. J’ajoute qu’à chacune de nos retrouvailles, aux répétitions comme au concert, une atmosphère particulière nous entoure, et j’en suis toujours aussi agréablement surpris.

Comment s’organisent les prochaines saisons ?
Tout d’abord, il n’est plus question d’échafauder des programmes sur une seule année mais de planifier en amont, sur plusieurs saisons à la fois. Nous envisageons de créer des événements ponctuels en montant des minifestivals, à l’exemple de ce mois de mai où deux programmes s’enchaînent à une semaine d’intervalle, entremêlant des œuvres de Claude Debussy et Einojuhani Rautavaara. Je pense que le public perd le fil conducteur lorsqu’il doit suivre une continuité élaborée sur la totalité d’une saison. Je préfère des cycles plus courts, qui correspondent davantage aux possibilités de l’Orchestre philharmonique de Radio France. Avec des musiciens de cette qualité, au cours d’un même concert, on peut se permettre d’en réunir plusieurs en musique de chambre et ensuite de convoquer l’orchestre au grand complet. Ainsi, on écouterait un quatuor à cordes de Beethoven puis l’une de ses symphonies. Actuellement, vous êtes obligé d’aller à deux concerts différents pour les apprécier… Pourquoi ne pas les écouter réunis au cours d’une même matinée ?

Suite de l’entretien à lire dans CLASSICA n° 162

Paris, Salle Pleyel, 23/05 : Rautavaara, Cantus Articus, Concerto pour violon et orchestre. Debussy, Prélude à l’après-midi d’un faune, La Mer. Hilary Hahn (violon), Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Mikko Franck
Paris, Salle Pleyel, 30/05 : Debussy, Nocturnes, Jeux. Rautavaara, Symphonie n° 8 (création française). Maîtrise et Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Millo Franck