Transmettre est un art si délicat : ne pas rudoyer l’élève, ni l’encenser, tout en le guidant vers ce qui lui manque… Un sujet que connaît bien Maria João Pires, l’une des plus grandes interprètes de notre époque qui, justement, fonda le Centre pour l’étude des arts, chez elle, à Belgais (Portugal), en 1999. Frédéric Sounac, l’auteur, l’a accompagnée dès les débuts, ce qui l’autorise à composer cet ouvrage, où la pianiste " affirme son désir que l’on parle moins de sa personne que de l’esprit qui préside à son entreprise, de ses idées sur la musique, le jeu pianistique, le rôle de l’art dans l’éducation, la nécessité de mener, jusqu’au bout et parfois contre la raison, des expériences ". Une leçon rare d’" instants musicaux ", comme ce chapitre qui concerne la manière de restituer l’éloquence de la phrase, la conscience d’être juste : " sans quoi on n’est sans doute qu’un rhéteur un peu creux, un phraseur ". Maria João Pires se réfère au chant et à la respiration, ainsi qu’au travail du chef d’orchestre, qui doit incarner le déroulement de la phrase, la rendre parfaitement lisible, ce que résume la formule : " ressentir comme un musicien, interpréter comme un pianiste, respirer comme un chanteur, façonner comme un chef ".
Une Saison à Belgais, autour de Maria João Pires, Frédéric Sounac, Éditions Aedam Musicae, 300 p., 22 €.
Maria João Pires, l’éveilleuse
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