Spécialiste de Richard Strauss à qui il consacra une monumentale monographie, Norman Del Mar fut aussi un infatigable défenseur de la musique anglaise. Les affinités de Bantock avec Strauss expliquent qu’il ait excellé dans les œuvres de cette grande figure de la Renaissance musicale. Érudit attiré par l’Orient, Bantock mit en musique l’ensemble des quatrains (Rubaiyat) du poète et philosophe persan Omar Khayyam (ca. 1048-1122). Ces textes sensuels et hédonistes, d’inspiration soufie, interprétatent très librement la religion. Le généreux lyrisme de Bantock, la richesse sensuelle de son harmonie et de son orchestration, dérivées de Liszt et de Wagner, avec un zeste de Schmitt, sont idéalement adaptés au mysticisme tour à tour héroïque ou érotique des poèmes. Au même titre qu’A Mass of Life de Delius, admirablement enregistré par Del Mar, ce cycle titanesque est l’un des monuments les plus grandioses de la musique anglaise, dont la visite occasionnelle vaut le détour. Une version tronquée de vingt minutes de musique en avait été gravée en 2007 par Vernon Handley (Chandos). En plus d’être intégrale, cette version de studio l’emporte par la vision romantique et large de Del Mar et par la prestigieuse distribution vocale, réunissant trois monstres sacrés immortalisés par les grands enregistrements EMI d’Elgar et Delius. Le gigantisme de l’édifice a pour rançon une architecture un peu bancale et une relative monotonie, plus que compensées par l’irrésistible élan de Del Mar : un avantage confirmé dans Sappho pour contralto et orchestre, Pierrot, ouverture de comédie pour une fantaisie dramatique d’Ernest Dowson et surtout Fifine, poème symphonique d’après Robert Browning, pris avec un dynamisme et une ardente passion contrastant avec la lecture plus sage et plus littérale de l’excellent Handley (Hyperion). Une publication essentielle.
Les délices d’orient
Radio Classique
Le Britannique Granville Bantock restitue le charme et la sensualité de poèmes mystiques persans.