C’est le dernier opéra de Meyerbeer, achevé peu de temps avant sa mort et alors mutilé par des coupures et des adaptations maladroites en vue de la création : il en résulta la fameuse Africaine, version abrégée jusqu’ici seule ayant cours, au titre inapproprié puisque l’action se déroule au Portugal et aux Indes, la reine hindoue Selika disputant le coeur du célèbre explorateur à sa rivale portugaise Inès. Cette intégrale nous restitue 45′ de musique et restaure l’harmonieuse symétrie de lieu, le palais hindou, cadre des deux derniers actes, répondant au palais royal de Lisbonne des deux premiers. Vasco partage avec les autres opéras de Meyerbeer un profond pessimisme : l’histoire n’est qu’enchaînement de catastrophes ; la société entraîne le héros à sa perte ; les jeux de l’amour ne sont qu’illusions menant à la mort, la reine Selika choisissant la mort d’amour dans le paradis artificiel des vapeurs vénéneuses du redoutable arbre noir, le mancenillier. Pompe solennelle des cérémonies officielles, compte rendu pittoresque de la " journée du matelot " (truculente chanson à boire), tempête, naufrage et combats : Meyerbeer amplifie le projet de " fresque en musique " entamé avec Le Prophète. En matière d’instrumentation colorée et évocatrice, il n’a pas son pareil. La direction trouve la largeur du geste réclamée par l’ample phrase musicale, et l’excellente distribution vocale fait preuve d’une remarquable diction, indispensable pour suivre une action si mouvementée. Tout s’ajuste pour synthétiser un grandiose projet d’art " total ". Pour le 150e anniversaire de la mort du maître incontestable du théâtre musical, aujourd’hui oublié, il nous est enfin permis de découvrir son testament : la véritable et grandiose Africaine – qui n’a en réalité rien d’africain.
LE LABEL CPO RENFLOUE MEYERBEER
Radio Classique
Les opéras de Meyerbeer sont rares au disque, et une intégrale de l’« Africaine » davantage. CPO restitue l’oeuvre et son titre original « Vasco de Gama ».