L’archet est un objet très fragile, conçu avec du crin de cheval et du pernambouc. Ce bois tropical, présent uniquement dans les forêts brésiliennes, se fait de plus en plus rare à cause de la déforestation et du changement climatique. De quoi, évidemment, inquiéter les archetiers, ces artisans qui fabriquent et entretiennent les archets des violonistes et des violoncellistes.
C’est au son du violon que l’on se repère dans ce petit hameau de la Nièvre, niché au cœur du massif forestier du Morvan.
Dans son élégante maison du XVIIe siècle, Edwin Clément use de son archet comme tous les jours, avec une vue imprenable sur la forêt : « On peut aussi apercevoir quelques pieds de vigne, je pense du chardonnay, et du melon ».
Loin du tumulte parisien, cet artisan passionné restaure et fabrique ici, depuis près de 40 ans, des archets d’exception pour des musiciens de renom du monde entier.
« J’ai reçu l’archet d’un violoncelliste. C’est une baguette exceptionnelle, mais elle a été très endommagée à la tête », explique-t-il.
Le Brésil a fait du pernambouc un symbole de souveraineté
Les archets sont façonnés dans un seul bois : le pernambouc. « Ce bois, qui vient du Brésil, est inscrit dans les annexes de la CITES, une convention internationale qui a pour vocation de protéger les espèces en voie de disparition » précise Edwin Clément.
Cette convention concentre à elle seule toutes les inquiétudes, car ces dernières années, le Brésil a fait de cette essence de bois un symbole de souveraineté et de protection de la biodiversité, en réglementant très strictement son exploitation et son approvisionnement : « La CITES, en 2025, a voté le fait qu’on ne pouvait plus prélever de bois de pernambouc dans les zones sauvages. Il y a un quota zéro. »
Il est encore possible aujourd’hui de faire circuler le bois brut, ainsi que les archets finis, mais avec des contraintes très strictes, détaille l’archetier : « J’ai dû enregistrer mon stock auprès des autorités nationales et je ne peux utiliser que du bois, ce qu’on appelle du pré-convention, qui a été coupé avant la première inscription ».
L’accumulation des réglementations fragilise les musiciens lors de leurs déplacements
Les artisans ne sont pas les seuls à subir ces contraintes. Jacques Carbonneaux, chargé de mission pour la Chambre syndicale de la facture instrumentale, alerte : l’accumulation des réglementations fragilise aussi directement les musiciens lors de leurs déplacements.
Si un musicien « va faire un concert aux États-Unis, il faut qu’il puisse prouver qu’il va faire un concert. Donc il faut prouver, en fait, le caractère non commercial. Et ceux qui utilisent des instruments avec de l’ivoire, avec du palissandre de Rio, il leur faut des permis, il faut les faire tamponner à chaque fois aux douanes. Parfois, ils sont mal gérés au niveau de l’Union européenne, donc c’est problématique aussi pour les musiciens. Il faut qu’ils aient conscience qu’ils peuvent être concernés par la CITES ».
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Si les archetiers ne jurent que par le pernambouc, d’autres artisans luthiers réfléchissent et testent déjà des essences alternatives aux bois tropicaux. Parmi elles, le cormier, le merisier, le noyer ou l’érable sont de très bonne facture pour des guitares, des flûtes, des hautbois ou encore des clarinettes.
Timothé Marouzé
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