Jacques Mercier dirige Florent Schmitt

Voilà un petit chef-d’œuvre de Florent Schmitt que Jacques Mercier tire du « sommeil discographique » absurde dans lequel il était tombé.

Florent Schmitt aura été, avec Ravel, Dukas ou Stravinsky, l’un des principaux contributeurs à un gen­re florissant au début du XXe siècle : le ballet symphonique. Que l’on pense à deux de ses plus belles partitions orchestrales, La Tragédie de Salomé et Oria­ne et le Prince d’amour, nées d’un projet chorégraphique. Ou au Petit Elfe Ferme-l’Œil, enregistré ici en première mondiale, et qui n’échappe pas à la règle. Tirée d’une suite pour piano à quatre mains (comme Ma Mère l’Oye de Ravel, écrite la même année, 1912), orchestrée et étendue en 1923 puis créée à l’Opéra-Comique, ce ballet tire son argument d’un conte d’Andersen. Dans son excellente notice, notre collaborateur Michel Fleury note que ce Petit Elfe, se situant dans le royau­me des rêves enfantins, propose un cadre propice à cette " magie sonore " pour laquelle Florent Schmitt possédait une prédilection constante. Nous som­mes ici en pleine modernité " franco-russe ", combinant l’impressionnisme de Debussy avec l’exotisme à la Rimski-Korsakov, ce que la direction de Jacques Mercier permet d’apprécier dans toute sa splendeur.
Également donné en première mondiale, Récit et congé pour violoncelle et orchestre, composé en 1948 pour André Navarra, par sa virtuosité virile et son lyrisme habité, montre que Florent Schmitt était resté, tout au long de son parcours d’artiste, fidèle au romantisme de ses débuts. Cette cohérence est remarquable. Avec le triom­phe du néo-classicisme puis de l’atonalisme, Schmitt est passé de mode. Ce disque admirable est une nouvelle étape importante de sa réhabilitation.
Florent Schmitt (1870-1958)
Le Petit Elfe Ferme-l’Œil*. Introït. Récit et congé pour violoncelle et orchestre
Henri Demarquette (violoncelle), Aline Martin* (mezzo-soprano), Orchestre national de Lorraine, dir. Jacques Mercier
Timpani 1C1212 (Naïve). 2013. 52′
Nouveauté 1re