Des lémuriens de Madagascar utilisent la même technique vocale que les chanteurs d’opéra

Crédit : Filippo Carugati/Université de Turin

Une étude anglo-italienne révèle qu’un espèce de lémuriens de Madagascar utilise une technique similaire à celle des sopranos et ténors pour atteindre des notes aiguës et ainsi projeter leurs chants. Ces indris chanteurs coordonnent l’ouverture de leur bouche avec la fréquence de leurs chants, ce qui leur permet d’amplifier le son, la fameuse technique de « l’accordage du formant ».

En 2021, une étude révélait que les indris, espèce de lémuriens endémique de Madagascar, étaient capables de chanter en rythme. Trois ans plus tard, les chercheurs à l’origine de cette étude découvraient que ces animaux communiquaient aussi entre eux par le chant à la manière des oiseaux et des humains.

Aujourd’hui, une équipe de chercheurs de l’université de Turin et de celle de Warwick, en Angleterre, a fait apparaître de nouveaux éléments via une étude publiée dans la revue scientifique PLOS Computational Biology.

Les indris utilisent une technique vocale étonnamment similaire à celle des chanteurs d’opéra pour atteindre des notes aiguës et ainsi optimiser leur communication à longue distance dans les forêts denses où ils vivent à Madagascar.

Une coordination fine habituellement associée aux chanteurs humains

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont analysé 83 enregistrements vidéo de 19 indris sauvages (11 femelles et 8 mâles) captés dans la forêt de Maromizaha et la réserve de Mitsinjo. Ils ont suivi les points de repère faciaux image par image et les ont associés à un enregistrement audio-synchronisé afin de tester statistiquement si l’ouverture de la bouche et la position des lèvres permettaient de définir la hauteur du chant.

« À chaque fois que le chant de l’indri montait en puissance, nous pouvions observer que sa bouche s’ouvrait davantage (…) Une coordination fine entre la voix et le corps que l’on associe habituellement aux chanteurs humains entraînés », observe Chiara De Gregorio de l’Université de Warwick.

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Cette technique, appelée formant tuning (accordage du formant) consiste à ajuster consciemment la forme du conduit vocal (lèvre, langue, mâchoire, larynx) ce qui permet aux artistes lyriques de projeter leur voix au-dessus de l’orchestre sans micro et sans forcer sur leurs cordes vocales.

Une technique qui permet notamment aux contre-ténors, ténors et sopranos de monter plus aisément dans les aigus.


Selon les conclusions de cette étude, ces observations montrent « la capacité de certains animaux à augmenter l’intensité sonore grâce à des ajustements du conduit vocal qui peuvent leur permettre d’atteindre un public plus large de récepteurs potentiels ».

Philippe Gault

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