Alors qu’un grand nombre d’institutions ont décidé d’annuler la venue d’artistes ayant eu des positions en faveur du pouvoir russe actuel, la Philharmonie de Paris indique que malgré tout, elle n’exigera pas d’eux de prendre officiellement position contre le gouvernement de Moscou avant de les inviter.
Olivier Mantei reste en contact avec la productrice d’Anna Netrebko programmée fin mai
Dans un entretien à l’AFP, Olivier Mantei, le nouveau directeur général de la Philharmonie de Paris, qui invite en moyenne 4 prestigieux orchestres et des dizaines de solistes et de chefs d’orchestre russes par an et qui a déjà annulé, la venue au printemps prochain de Valery Gergiev, précise qu’il fera de même pour d’autres artistes qui auront, par le passé, eu « des positions en faveur du pouvoir russe actuel sans les avoir démenties depuis ».
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Malgré tout, Olivier Mantei, précise que l’institution parisienne ne demandera pas à un artiste de prendre officiellement position contre le gouvernement russe avant de l’inviter, au risque de le mettre dans une situation délicate, voire périlleuse. Ainsi, les présences du jeune lauréat en 2015 du concours Tchaïkovski Dmitry Masleev le 11 mars, de la chanteuse Ekaterina Gubanova le 22 mars et du pianiste Daniil Trifonov début avril, devraient être confirmées. Quant à Anna Netrebko, programmée fin mai, Olivier Mantei révèle échanger actuellement avec sa productrice et ajoute : « il faut préserver autant que possible le lien avec la culture russe et ses artistes. Cependant, certains annuleront peut-être d’eux-mêmes pour d’autres raisons, notamment d’acheminement ou de sécurité ».
Laurent Bayle souhaite que l’Europe « maintienne une position ferme et globale »
Olivier Mantéi espère qu’il n’y aura pas de gel des échanges musicaux entre la Russie et les pays occidentaux car, selon lui « ce serait pour l’humanité, une catastrophe. Il faut distinguer le pouvoir dictatorial de l’histoire du pays et son patrimoine culturel, qui résiste depuis très longtemps. L’apport des artistes russes à la musique est considérable ».
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Interrogé par Le Figaro, son prédécesseur à la tête de la Philharmonie de Paris, Laurent Bayle, est sur la même longueur d’onde. Pour lui « il y a une plus-value aux artistes russes à cause d’une école russe spécifique très fortement ancrée avec un univers sonore et poétique indéniable ». Laurent Bayle estime que : « c’est aux gouvernants de fixer un cadre général afin d’établir un rapport de force sans équivoque. Il est souhaitable que l’Europe maintienne une position ferme et globale sur cette question pour éviter aux salles d’avoir à se prononcer au cas par cas, ce qui affaiblirait notre résistance et rendrait par la suite beaucoup plus difficile le retour à la normale ». Une position forte qu’il voit se dessiner en France mais aussi dans l’Union européenne et qui, selon lui, si elle se maintient : « aura pour effet de pousser les artistes à se déconnecter du régime et elle seule pourra favoriser à terme une désescalade ».
Philippe Gault (avec AFP)