Dmitry Masleev couronné

La 15e édition du concours Tchaïkovski marque une nouvelle victoire de l'école de piano russe.

Moscou. Après Daniil Trifonov en 2011, c’est le pianiste russe de 27 ans Dmitry Masleev qui remporte le 1er prix du concours Tchaïkovski, au terme d’une finale sous haute tension. " Tous les finalistes seront bientôt sur les plus grandes scènes internationales ", anticipe Denis Matsuev, membre du jury de cette quinzième édition, placée sous le haut patronage du chef d’orchestre Valery Gergiev. Les pianistes Michel Béroff, Boris Berezovsky ou encore Vladimir Feltsman font également partie du jury. Jusqu’à la proclamation des résultats, le suspense est total, même si le nom de Masleev circule depuis le début de la finale. Le pianiste Nikolaï Lugansky, que l’on aperçoit à plusieurs reprises dans les rangées du Conservatoire Tchaïkovski en est d’ailleurs l’un des fidèles supporters.
Un jeu tenu
Pour l’ultime épreuve de la compétition, Masleev interprète le Concerto n° 1 de Tchaïkovski. Il ne se laisse pas aller à des débordements romantiques ­ dangereuse tentation dans ces pages. Son jeu assez raffiné est plus cérébral que charnel. Mais il manque de mordant dans le Concerto n° 3 de Prokofiev. Ce natif d’Oulan-Oude ­ une ville située aux portes de l’Asie ­ emporte l’adhésion du public. S’il manque de charisme, la délicatesse de son toucher séduit. Les spectateurs ne sont pas non plus insensibles à son histoire : le décès de sa mère à l’aube du concours a provoqué des élans d’affection vis-à-vis du pianiste.
En deuxième position figure le pianiste russe Lukas Geniusas. Un interprète que l’on connaît en France pour l’avoir entendu plusieurs fois au festival de La Roque d’Anthéron. À Moscou, il s’impose brillamment dans le Concerto n° 2 de Tchaïkovski. Le pianiste américain George Li obtient le 2e prix ex aequo. Tempérament passionné, sonorité généreuse… on lui pardonne ses exagérations stylistiques et son lyrisme débridé. Les deux pianistes russes Daniel Kharitonov et Sergei Redkin obtiennent le 3e prix ex aequo.
Quatrième place
Le Français Lucas Debargue arrive en 4e place. Son cas se révèle clivant au sein du jury. Le débat porte sur sa technique insuffisante, son manque de professionnalisme et ses partis pris d’interprétations peu orthodoxes.
Cet élève de Rena Shereshevskaya, dont la personnalité musicale détonne parmi les finalistes, s’est mis sérieusement au piano il y a cinq ans. Malgré ses défaillances pendant la finale (rigidité, manque de projection), pour Boris Berezovsky, il aurait mérité le 2e ou le 3e prix. Ce dernier s’est indigné du résultat, s’étonnant que la majorité des détracteurs du jeune Français soient des membres non russes du jury. Lot de consolation, Valery Gergiev qui " souhaite l’encourager " l’a introduit sur scène lors du concert de gala. Ainsi, il a joué sous le regard attentif de Vladimir Poutine dont la présence nous rappelle la teneur politique de l’événement.