EMMANUELLE HAÏM, Heureuse et inquiète

Fondatrice et directrice du Concert d'Astrée depuis quatorze ans, Emmanuelle Haïm, grande spécialiste du répertoire baroque, publie ce mois-ci un "Messie" de Haendel. Mais son ensemble, comme d'autres, est durement touché par les diminutions des subventions publiques.

L’année Rameau est sur le point de s’achever. Quel bilan en tirez-vous ?
Je le trouve très positif ! Avec le Concert d’Astrée, nous avons fait beaucoup de choses, Castor et Pollux à Dijon et à Lille par exemple, dans la mise en scène novatrice de Barrie Kosky. En septembre, à Dijon toujours, la journée Jean-Philippe Rameau a été une belle expérience : depuis Dardanus en 2009, nous voyons les Dijonnais se réapproprier peu à peu ce génie qui leur appartient en premier lieu. Et puis il y a eu une tournée en Chine très réjouissante.
Rameau en Chine ? Quelle a été la réception du public ?
Excellente. Nous avons présenté au French May de Hong-Kong un programme d’airs et de symphonies avec Kathy Watson, Anders Dahlin et l’orchestre, en petit effectif ­ cela fait des années que je monte de larges extraits de tragédies de Rameau, autour d’un ou deux personnages et d’un fil rouge servant de trame à une mini-narration.
Quels sont vos projets à l’opéra ?
Ils sont nombreux et très excitants, mais c’est encore top secret. Rendez-vous aux annonces des saisons !! En attendant, vous pouvez nous retrouver à l’Opéra de Lille pour Idoménée de Mozart dans la mise en scène de Jean-Yves Ruf, et avec la première Électre de Patrizia Ciofi.
Et la production d’Hippolyte et Aricie de l’Opéra de Paris ?
J’ai été très heureuse de la parution en DVD de cette production et j’espère qu’il y aura des reprises de ce très beau spectacle.
Votre version du Messie de Haendel paraît actuellement ; elle vient assez tard dans votre discographie, non ?
Il y a beaucoup d’excellentes versions du Messie. De nombreuses ont été réalisées par des Britanniques,pour qui cette oeuvre fait partie intégrante de leur patrimoine culturel. Alors vous y réfléchissez à deux fois avant de dire oui. Le projet m’avait déjà été proposé, mais je l’avais refusé. J’avais besoin de temps. Et puis quelle version choisir ? Quels effectifs ? Quels solistes et combien ? Cette fois, tous les éléments étaient réunis : je me suis entourée de solistes anglais et aussi de la partie anglaise du choeur du Concert d’Astrée, car la langue anglaise est très difficile à chanter, et c’est la version de 1752 avec quatre solistes que nous avons enregistrée.
Comment évolue la résidence du Concert d’Astrée à l’Opéra de Lille ?
Nous y avons donné notre premier concert en décembre 2003 avec le Magnificat et le Dixit Dominus. En dix ans, notre implication a été sans cesse plus grande dans la région nordiste. Avec le soutien de la ville et du département, en marge des spectacles à l’Opéra, nous menons, hors les murs, des actions sociales et éducatives auxquelles nos musiciens trouvent beaucoup de sens. Pour autant, il est parfois compliqué de se projeter, en raison des aléas des subventions. En juin, nous avons perdu 220 000 euros de subventions du jour au lendemain. C’est considérable, et cela a beaucoup fragilisé la programmation.