Cela fait près de trente ans qu’elle parcourt les couloirs de l’Opéra de Paris. La danseuse étoile Dorothée Gilbert dansera pour la toute dernière fois sur la scène du Palais Garnier, ce jeudi 15 octobre, à l’occasion de ses ultimes représentations. Elle interprétera Manon aux côtés d’une autre étoile, Hugo Marchand, avant de quitter la scène à seulement 43 ans.
Cette loge est presque sa deuxième maison. Un boudoir à la couleur délicate, gris bleuté. Au mur, des chaussons de danse. Du sol au plafond, sept étagères, chacune garnie de douze paires minutieusement rangées. Au sol, un tapis moelleux. Dorothée Gilbert apparaît le regard pétillant, la joie communicative.
« Cela fait dix ans que je réfléchis à la manière dont cela va se passer, à ce que je vais faire après, et je n’ai toujours pas de réponse ».
Quand on l’interroge sur la spécificité de ce métier, où l’on sait, dès qu’on le commence, qu’il y a une fin précoce, elle explique ne pas l’avoir vraiment intégré : « Savoir qu’on va mourir, c’est horrible. Si on ne le savait pas, peut-être que la vie serait plus simple. Pour les adieux, c’est un peu pareil : se dire qu’il y a une date, et qu’après il va falloir trouver autre chose, cela met une sorte d’épée de Damoclès au-dessus de la tête. Je pense que si on ne connaissait pas la date, les choses se feraient peut-être de manière plus tranquille. »
Giselle, l’un des rôles qu’elle a le plus de mal à quitter
La danse a-t-elle toujours été une évidence pour elle ? « Oh oui. Cela l’a été à partir du moment où j’ai su que cela existait. À partir du moment où j’ai vu mon premier spectacle de Giselle et que j’ai compris qu’on pouvait en faire un métier, que les cours du mercredi après-midi servaient à raconter des histoires, cela a été une évidence pour moi. »
Elle évoque Giselle, l’un des rôles qu’elle a le plus dansés. « C’est l’un des rôles que j’ai eu le plus de mal à quitter, et je ne m’y attendais pas. J’ai été submergée par l’émotion en me disant que c’était la dernière fois que je dansais ce ballet, alors qu’il m’a accompagnée tout au long de ma carrière. Cette année a aussi été celle où j’ai dit adieu aux rôles qui m’ont marquée et que j’ai aimé interpréter. »
Dorothée Gilbert : « J’ai eu une chance folle dans ma carrière »
Le Palais Garnier doit fermer pour travaux. Une circonstance qui donne à cette saison un caractère encore plus particulier. « Complètement. Je me suis dit : “Quelle chance !” J’ai eu une chance folle dans ma carrière, que ce soit au niveau des partenaires ou des rôles. J’ai pu danser tous les rôles dont j’avais envie. Je pense que je ne pouvais pas partir à un meilleur moment. »
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Pour son dernier ballet, elle a choisi Manon, aux côtés d’Hugo Marchand. « C’est le ballet sur lequel j’ai rencontré Hugo. Comme je ne me voyais pas faire mes adieux sans lui, je trouvais que c’était une jolie manière de refermer la parenthèse, de lui dire au revoir sur ce ballet-là aussi. Et puis la musique est magnifique, et c’est un ballet où il y a beaucoup de pas de deux. »
Jeudi, le Palais Garnier sera en surchauffe. Dans la salle, de nombreux danseurs, les proches de Dorothée Gilbert, mais aussi beaucoup de ses anciens professeurs. « Je suis très touchée qu’ils soient là pour ce moment-là. »
Victoire Faure
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