Sans doute le dogmatisme de l’enseignement de Vincent d’Indy, consigné dans son Traité de composition, a-t-il contribué à répandre l’image fallacieuse d’un maître confit dans les " mathématiques musicales ". En réalité, sa musique sincère, poétique, inspirée et novatrice, prend l’exact contre-pied de ses théories. Et la fantaisie de Rumon Gamba, sa spontanéité et son naturel nous font prendre conscience que la Cévenole est sans doute l’un des sommets de la musique française au même titre que La Mer ou La Péri. Son approche souligne le caractère de musique de plein air souvent oublié par des interprétations sentant le renfermé, avec un préambule statique à souhait, exploitant la division de l’orchestre pour savourer les riches nuances cuivrées des cors. Louis Lortie partage cette conception, et son piano rond et plein s’avère le partenaire idéal pour profiter à loisir des rumeurs et des senteurs montagnardes prodiguées par cette partition estivale. Les danses du Finale sont enlevées avec une légèreté malicieuse ; le second thème lyrique, pris lui aussi dans un esprit festif, se départit de la solennité ordinairement de règle.
Ainsi nos deux complices prennent-ils place d’emblée dans le peloton de tête, aux côtés de Ciccolini/Cluytens et juste derrière la sublime version Doyen/ Fournet (Philips). Un tempo légèrement plus enlevé que Theodor Guschlbauer (Valois) ou Gilles Nopre (Naxos) restitue à Saugefleurie un enthousiasme juvénile. Médée et Fervaal se situent sur un plan plus philosophique : Gamba entoure ces partitions d’une aura méditative qui met en exergue ce qu’elles doivent à Parsifal. Grâce à lui, la résurrection de d’Indy s’ouvre sous d’heureux auspices.
Vincent d’Indy
(1851-1931)
CHOC
Symphonie sur un chant montagnard français op. 25 (Symphonie cévenole). Saugefleurie, Poème symphonique op. 21. Fervaal, op. 40 : Prélude de l’acte i. Médée, Suite d’orchestre d’après la tragédie de Catulle Mendès
Louis Lortie (piano) (*), Iceland Symphony Orchestra, dir. Rumon Gamba
Chandos CHSA10760 (Abeille). 2012. 74′ Nouveauté
D’Indy par Rumon Gamba
Radio Classique
Rumon Gamba souligne la spontanéité et le naturel des partitions de Vincent d’Indy, compositeur français qui n’a rien d’un mandarin sectaire.