DIANA DAMRAU, FIAMMA SANS OMBRE

Diana Damrau ne manque pas d'atouts : une rigueur technique et une maîtrise époustouflante qui n'éliminent jamais la dimension émotionnelle.

Balayons d’emblée les réserves sur le manque d’italianità de cette voix : le timbre est clair certes, la voix n’est guère charnue, nous privant des sfumature qu’on aime à entendre dans ce répertoire, et que peuvent nous offrir une Ciofi, une Rancatore ­ ou même une Peretyatko. Le chant de Damrau est mené avec une maîtrise époustouflante qui n’élimine jamais la dimension émotionnelle. C’est particulièrement vrai dans le belcanto de Bellini et Donizetti : Diana Damrau trouve des nuances de timbre, des irisations (Maria Stuarda !) et avec tout cela des dynamiques qui sont simplement admirables. Qu’on n’attende pas un belcanto pyrotechnique de la soprano allemande ; elle est au rebours de toute recherche spectaculaire : continuité de l’arc musical, travail raffiné de la ligne vocale sont ses priorités. La transition vers Verdi par Amalia des Masnadieri est bien vue ; puis Traviata (" Sempre libera ") vient : alors c’est du très grand art. Tout juste si quelques consonnes explosées ou dentales appuyées (voluTTTà ; semPPPre) rappellent la germanité : le reste est étourdissant de virtuosité, de vitalité, de bonheur vocal.
Luisa Miller (" A brani ") atteste cette capacité à trouver son chemin dans le drame verdien. On aurait aimé qu’" Addio del Passato " ou " Caro nome " complètent ce récital, mais " Donde lieta usci " et " Qual fiamma " annoncent peut-être d’autres rendez-vous où la substance même du drame mènera cette voix à se corser et à puiser plus loin encore dans ses ressources émotionnelles ­ ce qu’atteste une Nedda étonnante et assez merveilleuse.