L’Opéra de Lille propose une version musicale rajeunie de « L’Écume des Jours » de Boris Vian

Crédit : Opéra de Lille

Coup de jeune, ambiance Mai 68, perspective moins masculine… l’Opéra de Lille recrée pour la première fois depuis 1986 L’Écume des Jours, une œuvre saugrenue et éclectique du compositeur russe Edison Denisov, basée sur le roman éponyme de Boris Vian.

L’Opéra de Lille, où l’œuvre est jouée jusqu’au 15 novembre, espère qu’elle sera ensuite reprise dans d’autres opéras. Le roman écrit par le poète français Boris Vian dans les années 1940 raconte comment le jeune Colin, noceur et fan de jazz, inventeur du fameux « pianocktail », se ruine pour sauver Chloé, en achetant des fleurs qui échouent à empêcher le nénuphar grignotant sa poitrine de progresser.

La musique du compositeur russe Edison Denisov, composée en 1981, accompagne les extravagances poétiques du récit par un enchaînement parfois abrupt de styles divers, d’un jazz fringant à des chœurs inspirés de la liturgie russe, pour s’achever sur un tonnerre de percussions quasiment expérimental. Ainsi, la belle histoire du début, qu’on suit comme une comédie romantique, s’effiloche jusqu’à un absurde inquiétant.

Une partition, très technique, servie par une virtuosité exigeante

L’imaginaire fantastique du roman, partiellement évacué du livret, revient dans la mise en scène et la chorégraphie, avec de mystérieux personnages muets sur scène, qui semblent incarner par leurs mouvements et transformations l’évolution intérieure des protagonistes et de la société.

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La metteuse en scène franco-polonaise Anna Smolar, dont c’est le premier opéra, a transposé pour l’Opéra de Lille l’histoire dans une ambiance de mai-68, s’appuyant sur sa description quasiment prémonitoire d’une jeunesse plus libre. Par un stratagème de prologue vidéo, elle ajoute une mise en abyme qui transforme le récit de Colin, marqué à l’origine par un regard très masculin sur les « jolies filles », en un fruit de l’imagination de Chloé, en fin de vie. Cette dernière n’est plus seulement un personnage passif, épousée puis malade, car c’est elle qui tient les rênes du récit.

La partition, très technique, est servie par la virtuosité exigeante qu’exige le foisonnement dissonant de la musique, et le rythme soutenu du récit. Ces choix sont servis par la performance des interprètes, notamment la soprano allemande Josefin Feiler (Chloé), qui agonise en direct et en gros plan durant toute la troisième partie en regardant silencieusement tout son petit monde s’écrouler.

Philippe Gault (avec AFP)

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