Mefistofele, le seul opéra entièrement achevé de l’Italien Arrigo Boito, a fait son retour au Bolchoï après une absence de plus d’un siècle. À cette occasion la basse Ildar Abdrazakov a célébré devant le public moscovite ses cinquante ans.
Rarement joué dans les théâtres, Mefistofele, l’opéra composé par Arrigo Boito, plus connu comme librettiste de Giuseppe Verdi, « mérite beaucoup plus que le statut de rareté“, a souligné le Bolchoï en annonçant les quatre représentations données à guichets fermés jusqu’à mardi. L’opéra raconte le pacte conclu par un vieux savant avec le diable Mefistofele, qui lui promet jeunesse et plaisirs en échange de son âme.
Créé en 1868, l’oeuvre d’Arrigo Boito a fait un long chemin avant de trouver son public. Le 5 mars 1868, la première de l’opéra, inspiré des deux parties du Faust de Goethe, dura plus de cinq heures et tourna à la catastrophe à la Scala de Milan, sous les huées des spectateurs. Cet échec poussa son créateur à remanier et raccourcir l’ouvrage. En 1875, la nouvelle version reçut un accueil favorable à Bologne.
Et dès 1881, l’opéra réduit à quatre actes, avec prologue et épilogue, s’impose, en séduisant les plus grands chanteurs de tessiture basse par le charisme du personnage principal décrit par Arrigo Boito comme « une personnification du mal“.
Ildar Abdrazakov : « C’est l’une des œuvres les plus grandioses jamais composées pour ma voix »
Le théâtre du Bolchoï, qui a célébré en mars ses 250 ans, a monté Mefistofele à trois reprises, la dernière fois en 1902, avec le légendaire chanteur russe Fiodor Chaliapine. Dans la production présentée cette semaine, la mise en scène est signée par l’Italien Giancarlo del Monaco, avec le directeur du Bolchoï Valéry Gergiev comme chef d’orchestre et le rôle de Mefistofele est incarné par la basse russe Ildar Abdrazakov qui a fêté ses cinquante ans samedi lors de la première et reprendra le rôle ce mardi.
« C’est l’une des œuvres les plus grandioses jamais composées pour ma voix“, a déclaré le chanteur. « C’est un grand honneur pour moi d’interpréter ce rôle“, a-t-il ajouté.
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Autrefois vedette de grandes scènes lyriques en Europe et aux Etats-Unis, le chanteur russe a été critiqué en Occident pour ne pas avoir dénoncé la guerre en Ukraine et en raison de ses liens avec le pouvoir russe, notamment de sa participation à des concerts patriotiques organisés par les autorités. Plusieurs de ses engagements en Europe et aux Etats-Unis ont été annulés ces dernières années. Ce père de quatre enfants a été nommé en 2024 à la tête du Théâtre d’opéra et de ballet de Sébastopol, en Crimée annexée par la Russie.
En 2023, Ildar Abdrazakov avait renoncé à participer à une production du Met Opera, affirmant agir par « solidarité » avec les cantatrices russes Anna Netrebko et Khibla Gerzmava, écartées de l’institution new-yorkaise dans le contexte de la guerre en Ukraine.
Philippe Gault (avec AFP)
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