Depuis le 25 juillet et jusqu’au 27 août, le Festival de Bayreuth propose des représentations de Parsifal en « réalité augmentée », une première mondiale et un véritable défi artistique et technique. Pourtant, ce dispositif pour le moins ambitieux et innovant, n’a malheureusement pas convaincu.
Ce devait être une révolution. Le Festival de Bayreuth présente en effet, pour son édition 2023, un nouveau Parsifal de Richard Wagner bénéficiant de la « réalité augmentée ». Pour le metteur en scène américain Jay Scheib, cette superposition d’images scéniques et d’autres projetée par l’intermédiaire de lunettes spéciales en 3D promettait un « élargissement » de l’expérience des spectateurs.
Il a souhaité saisir cette « formidable opportunité » de montrer les mondes wagnériens « d’une manière qu’on ne peut pas imaginer autrement » et de créer « une sorte de cosmos étrange qui corresponde aux situations sur scène », le double numérique 3D de la scène étant « parfois symboliste, parfois expressionniste ».
Roselyne Bachelot : « Au bout de 30 minutes, le poids des lunettes vous cause une migraine redoutable »
Il faut dire que pour bénéficier de cette expérimentation, le protocole du Festival de Bayreuth est particulièrement lourd. Longtemps à l’avance, il est demandé une ordonnance ophtalmologique précisant les corrections de chaque œil, puis on réclame, avant la représentation de 16h00, de longs réglages pour l’utilisation des fameuses lunettes.
Par ailleurs, pour des raisons techniques, seuls 330 spectateurs (sur près de 2000 au total dans le Festspielhaus, qui fera sans doute mieux l’an prochain) des derniers rangs du parterre peuvent servir de cobayes potentiels. Tout cela est en outre facturé en supplément du prix des billets, atteignant cette année des records inégalés (430 euros, soit plus de 500 euros avec les lunettes 3D). Donc, finalement, très peu de festivaliers ont bénéficié de la « réalité augmentée ». Dommage ! Cela, de toute façon, en valait-il la peine ?
Sur les réseaux sociaux et les sites spécialisés les critiques sont dans l’ensemble négatives. « Au bout de 3 minutes », explique Roselyne Bachelot sur Forum Opéra, « vous réalisez que les lunettes vous empêchent de voir la scène – vous ne perdez rien – et les chanteurs – là, vous perdez beaucoup –. Puis, au bout de 10 minutes, vous en avez assez d’avoir des visions de flocons, de pierres ou de têtes de mort qui se jettent sur vous. Enfin, au bout de 30 minutes, le poids des lunettes vous cause une migraine redoutable ».
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Alain Duault, pour Opera Online, est du même avis. Il s’agit selon lui d’une « vision primaire de jeu vidéo [qui] donne vite le tournis et on ôte les lunettes, quitte à les remettre de temps à autre pour voir tournoyer […] tout un bric-à-brac qui détourne l’attention de la scène ». Bref, un ratage, à l’instar de la mise en scène. Reste donc la vérité de la scène, des chanteurs et du chef, Pablo Heras-Casado. Pour le spectacle « total » promis par la « réalité augmentée », on attendra donc une autre tentative !
Bertrand Dermoncourt